1o ans après Priscilla Folle du Désert et une
longue pause cinématographique, Stephan Elliott est de retour, avec
l'adaptation d'une pièce de Noël Coward, Easy Virtue, et nous transporte pour l'occasion dans les années 30.
John,
fils prodigue d'une famille de nobliaux anglais, retourne dans son
Surrey natal avec une jeune épouse américaine, déjà divorcée et
championne automobile, qui va faire scandale dans les sages pâturages
alentours. Si la plastique et la liberté de ton de la belle Larita
(Jessica Biel) font tourner les têtes des gentlemen farmer locaux, ses
manières irritent considérablement sa belle-mère, campée par une
Christine Scott-Thomas métamorphosée et enlaidie, qui jubile
visiblement dans un rôle tout en sarcasmes et en frustrations. Les
piques volent sur fond de chasse à courre et de fêtes de bienfaisance. La
guerre d'influence est ouverte et toutes les filles de la famille
britannique y prennent part, certaines par jalousie, d'autres par principe.
Qui l'emportera ? Les chipies désuètes de l'équipe d'Angleterre ou la
flamboyante représentante des amazones américaines ? L'amour des jeunes
mariés y résistera-t-il ?
Les dialogues sont savoureux, le
casting irréprochable, les costumes et les ambiances rendus avec une
précision d'orfèvre. La campagne anglaise y est grise et brumeuse à
souhait, le manoir des Whittaker désespérément lugubre, et les tenues
portées par la superbe Jessica Biel vont faire rêver bien des
spectatrices. Certaines scènes sont irrésistibles de drôlerie (le
French Cancan sans culotte notamment). Le propos de la pièce de théâtre
originelle, servi par une adaptation moderne et des mouvement de caméra
audacieux et énergiques, n'a pas pris une ride. La BO du film est
également une réussite : certains passages chantés par les
acteurs, et des classiques pop ou rock, malicieusement revisités (Mad
Dog and Englishmen ou Tom Jones, façon swing) viennent ponctuer les
rebondissements de l'intrigue. Seule ombre au tableau, on regrette
parfois quelques longueurs, ainsi que le fait que le réalisateur n'ait
pas offert à certains personnages secondaires truculents une dimension
supplémentaire (notamment Furber le majordome excentrique ou encore
Sarah et son frère, tous servis par des comédiens épatants).
Le tout n'en demeure pas moins succulent comme un gigot d'agneau dans sa sauce à la menthe, à déguster tiède, et en VO bien sûr ! (M.A.)
Un film de Stephan Elliott, avec Jessica Biel, Ben Barnes, Christin Scott-Thomas, Colin Firth - Pyramide Distribution
Deux sœurs sont conduites par leur père dans un orphelinat dont elles ne ressortiront qu'à l'âge adulte. Profondément blessée par cet abandon, Gabrielle Chanel n'aura de cesse de réinventer sa vie pour qu'elle se rapproche un peu plus de l'idée qu'elle s'en faisait.
Beaucoup vont se dire qu'il s'agit là d'un énième biopic (LE filon à la mode ces dernières années), après Sagan et Harvey Milk et en attendant Coco Chanel & Igor Stravinsky de Jan Kounen, le deuxième long-métrage qui sera consacré à Gabrielle Chanel cette année.
Certes, c'est un biopic. Mais il serait dommage de réduire de film à cette seule condition. Avant d'être un film sur cette grande couturière, Coco avant Chanel est le récit d'une magnifique histoire d'amour entre deux personnes (qui se trouvent être Coco Chanel et Boy Capel). Il convient d'ailleurs de souligner la qualité de l'interprétation : Audrey Tautou et Benoît Poelvoorde nous montrent enfin qu'ils sont capables de s'investir dans des rôles plus profonds que ceux qui ont fait leur succès et Alessandro Nivola, dont le regard terriblement séducteur hypnotise non seulement Coco Chanel mais certainement aussi toutes les spectatrices, apporte une note de douceur qui vient contrebalancer ces deux figures imposantes. La réalisation très réussie d'Anne Fontaine et la très belle photographie portée par la musique d'Alexandre Desplat apportent une patine qui donne à l'ensemble le cachet d'une œuvre délicate.
Coco avant Chanel fait partie de ces films marquants qui vous accompagne longtemps après la projection, ces film dans lesquels on se sent bien. (S.M.)
Un film d'Anne Fontaine, avec Audrey Tautou, Benoît Poelvoorde et Alessandro Nivola, distribué par Warner Bros. France
Dans le petit village de la province de Kangwon en Corée du Sud, les mines de charbon sont en plein déclin et l'unique perspective est l'ouverture prochaine d'un casino. La petite Young-lim, neuf ans, vit avec son père et son grand frère d'onze ans, qui souffre de troubles mentaux. Le père doit quitter la mine car il est atteint d'une pneumonie : la loi veut que les mineurs ne soient hospitalisés que s'ils souffrent d'une seconde maladie. Young-lim s'occupe alors seule du foyer familial. Le lieu du tournage englobe à lui seul toute la noirceur du film : le village est situé dans une cuvette enneigée, dont la seule porte de sortie est l'arrêt du bus qui mène à la ville (et dont l'image ouvre et clôt le film). Par le contraste entre le sol noir caillouteux et les versants blanchis par la neige, Jeon Soo-Il restitue la dualité de la montagne : elle est tantôt le terreau empoisonné où s'enracine la vie des habitants, tantôt le mur infranchissable, la pente abrupte qui précipite la chute du père et de ses espoirs... La jeune génération pousse comme un perce-neige sur cette terre glacée. Au propre – en faisant retentir les cloches du village – comme au figuré, les enfants sonnent le glas d'une époque révolue. Ils apportent des solutions d'enfants aux problèmes que leurs aînés ne sont plus capables de résoudre. La petite fille, vêtue de rouge dans les moments dramatiques, est animée du même instinct de survie qui pousse les mères de la région à franchir la montagne pour s'installer en ville.
Jeon Soo-Il, dans ce cinquième film qu'il décrit comme une “fable tragique”, commence par poser le contexte social sur le mode du documentaire, caméra au poing. Puis il s'en éloigne progressivement pour se rapprocher de ses personnages à travers des plans fixes empreints d'humanité, de poésie, et d'une incomparable intensité. Si, comme l'affirme le réalisateur coréen, le cinéma a encore pour vocation de « parler avec des images », alors La petite fille de la terre noire est une réussite. (C.D.) Un film de Jeon Soo-il avec Yu Yun-mi, Jo Yung-jin – Zootrope Films
De retour de l'armée russe où il officiait comme sous-marinier, le
tendre Asa retrouve l'affection de sa soeur et son beau-frère qui
l'accueillent dans la yourte familiale. Le berger poète de retour dans
la steppe kazakhe se voit promettre un troupeau s'il prend épouse. Or
il n'est qu'une jeune fille à 500 km à la ronde, la belle Tulpan (la
Tulipe), et Tulpan, elle, rêve d'aller au collège et invoque le
pretexte que son prétendant a de trop grandes oreilles... Après une
première scène kusturicienne où la famille de l'amoureux palabre avec
les parents d'une Tulpan incrédule et cachée derrière une épaisse
tenture, le film bascule dans une dimension poétique absolue. La
steppe, à la fois espace physique, métaphorique, abstrait, y occupe le
premier plan et c'est sa beauté âpre qui est la véritable star du film.
La mystérieuse Tulpan y fait office de mirage, on n'en verra pas plus
qu'un petit bout d'oeil ou de tresse brune, et l'on ne saura d'elle que
ses ambitions de quitter la vie nomade pour étudier. Une vie nomade
sublimée par le réalisateur, dans toute sa rudesse : conditions
climatiques extrêmes, nourriture rare, mais aussi toute sa tendresse :
les scènes familiales dans la yourte sont d'une douceur extrême, et
plongent le spectateur dans l'harmonie de la petite famille nomade,
quelque part dans le désert entre Orient et Occident.
La désolation
des personnages se fond avec celle de la nature, qui, trop pauvre
pour nourrir les bêtes, compromet l'avenir du troupeau, de la même
manière que les refus obstinés de Tulpan compromettent la famille d'Asa. Le coeur
et la raison, des sujets décidément aussi compliqués pour les bergers
kazakhes soumis au destin que pour les spectateurs occidentaux de
l'intrigue...En quelques touches toujours d'une grande pudeur, Sergey Dvortsevoy
évoque un monde qui change, les aspirations des héros à une vie
meilleure, aux études, à un exil citadin, désirs qu'ils ont du mal à
concilier avec un mode de vie traditionnel qu'il leur est impossible de
renier, le manque de femmes dans certaines régions du monde, l'amour
familial salvateur et enfin l'espoir, symbolisé par l'émouvante
naissance d'un agneau. Une très belle découverte cinématographique, véritable bouffée de poésie qu'il serait bien dommage de manquer. (M.A) Un film de de Sergey Dvortsevoy avec Askhat Kuchinchirekov, Samal Eslyamova, Ondasyn Besikbasov – ARP Sélection
Présenté comme le grand retour de la comédie à l’italienne et gratifié du prix du meilleur premier film à la dernière Mostra de Venise, Le déjeuner du 15 août , réalisé et interprété par Gianni di Gregorio, l’un des scénaristes de Gomorra , est un huis-clos burlesque où le politiquement correct est allègrement mis de côté.
Gianni est un quinquagénaire célibataire et légèrement hypochondriaque qui vit toujours chez sa mère, une vieille femme au physique d’iguane desséché, plus proche des créatures de Goya que des mamies-gâteaux des pubs de lessive, surmontée d’une perruque blonde digne des grandes heures des soaps hollywoodiens. Pour éponger plusieurs années de charges impayées et éviter l’expulsion, le pauvre Gianni accepte de s’occuper de la mère du syndic de l’immeuble pendant le week-end du 15 août. Malheureusement pour lui, la cohabitation entre les deux femmes (et deux autres visiteuses inattendues tout aussi hautes en couleurs) ne se fera pas en douceur.
Bien plus témoin qu’acteur de cette situation qui va vite tourner au vinaigre, Gianni aligne les cigarettes et les verres de Chablis, assaisonne aux somnifères les tisanes à la camomille de ses pensionnaires, les ramasse à la sortie des bars, résiste à leurs avances, prépare des plats hautement caloriques qui font saliver des deux côtés de l’écran et profite honteusement des évènements pour soutirer de l’argent à ces charmantes vieilles dames.
Derrière son humour acerbe et ses plans lumineux, le film aborde en finesse la question de la vieillesse, de l’abandon des personnes âgées et de la manière dont on les enferme trop souvent dans une fragilité qu’elles n’ont pas. Malgré quelques longueurs et une image un peu datée, Le déjeuner du 15 août est un film réjouissant, porté par des acteurs talentueux et pour la plupart novices en la matière. Une comédie légère, qui amuse sans accumulation de gags mais plutôt par petites touches d’humour caustique. (S.M.)
Un film de Gianni Di Gregorio, avec Gianni Di Gregorio, Valeria De Franciscis, Marina Cacciotti, Maria Cali – Le Pacte
Dans un petit village du littoral japonais, Sôzuke, un petit garçon de 5 ans, recueille un étrange poisson rouge à tête humaine, qu’il baptise Ponyo. L’étonnante hybride s’avère être une princesse sous-marine, fille d’un savant écologiste un peu magicien et de la Reine des Mers. L'infante de l’eau-delà n’a de cesse de devenir humaine et va déjouer la surveillance de son père, déchaîner les forces océanes et provoquer un typhon pour rejoindre son jeune ami et déjouer le sort qui punit les amours entre hommes et poissons.
Dixième fable écologique du génial Hayao Miyazaki, Ponyo sur la Falaise crée une fois de plus l’événement. L’équipe du pape de l’animation japonaise a réalisé tous les dessins de ce bijou graphique à la main, n’utilisant l’ordinateur que pour certains rendus. Les mouvements magiques de l’eau, les ballets de méduses, les éléments de paysages parfois légèrement gribouillés, et l’époustouflante scène de la tempête y gagnent une densité et une poésie évocatrice allègrement sacrifiées par les productions actuelles sur l’autel des prouesses 3D.
Les aficionados retrouveront la figure maternelle récurrente chère à Miyazaki, déclinée ici sous la forme d’une jeune épouse de marin, Lisa, et des pétillantes pensionnaires de la maison de retraite locale. L’auteur, âgé de 68 ans, a déclaré qu’en réalisant Ponyo, et songeant qu’il lui restait peu de temps à vivre avant de rejoindre sa mère décédée, a tenté d’imaginer la conversation qu’il aimerait avoir avec elle, pensée obsédante évoquée lors de la scène des retrouvailles de Sôzuke avec la vieille Toki. Ces tunnels entre les mondes et les dimensions (au propre et au figuré) ponctuent le dessin animé et nous laissent enchantés. Un chef d’œuvre, magique de la première seconde à la dernière note de musique du générique de fin. (M.A) Un film de Hayao Miyazaki, distribué par Walt Disney Studios Motion Pictures France
C’est dans l’abbaye fortifiée de Kells, au IXe siècle, que vit Brendan, 12 ans, jeune moine soumis à l’autorité d’un oncle despotique et austère. Ce dernier a oublié depuis bien longtemps l’art de l’enluminure au profit de la construction d’un mur d’enceinte qui, il l’espère, le protègera des invasions des hordes barbares. L’arrivée du frère Aidan, un maître enlumineur chassé de son abbaye par les Vikings, va venir bouleverser l’ordre établi et la vie bien rangée du scriptorium des moines copistes. Aidan est le gardien d’un livre sacré, le Cathach de Saint Colomba , un manuscrit destiné à apporter la lumière aux peuples. En demandant à Brendan de l’aider à achever son œuvre, il va l’encourager à repousser les frontières du monde étriqué qui était jusqu’alors le sien pour découvrir qu’il n’y a pas que dans les livres qu’on peut apprendre…
Réalisé presque entièrement à la main et en 2D, Brendan et le secret de Kells ressemble à un ouvrage ancien, précieux, où chaque détail a été pensé et peaufiné avec méticulosité. Son esthétique très particulière, bien loin de la course à l’hyper-réalisme de certains de ses concurrents, lui apporte beaucoup de fraîcheur et d’innocence. L’image, pleine de vie, est d’une beauté presque irréelle. La palette des couleurs est très riche et puise directement dans l’enluminure dont elle s’inspire. Le rendu des textures est impressionnant et le dessin, d’une grande finesse, fait de courbes et de volutes, rappelle les enluminures médiévales, tout en gardant une influence celtique qui lui confère une grande originalité. Et même si le scénario, qui s’inspire de la légende du Livre de Kells, s’appuie sur le modèle classique du conte initiatique, sa portée philosophique et poétique en fait un film atypique et propose au spectateur plusieurs degrés d’interprétation. Alternant passages poétiques et moments durs, Brendan et le secret de Kells offre un voyage magique dans la légende irlandaise. Un moment éblouissant. (S.M.) Un film d’animation de Tomm Moore – Gebeka Films
Retraçant l'histoire vraie de prisonniers arrêtés pour terrorisme dans une Irlande déchirée entre IRA et dame de fer, Hunger, caméra d'or à Cannes vous tiendra pour sur-éveillés. « Je souhaite susciter le débat, bousculer nos idéaux moraux » Steve McQueen nous plonge avec brio au fond d'un trou carcéral sans nom. Choc, triste, franchement écœurant, ce film agit sur vos sens, comme si vous y étiez dans ces cellules pleines de merde et d'asticots. On sent, on frémit, on a mal : le réalisme à son paroxysme mais jamais trop, trop de sang ou trop de chagrin, de pleurs...
On ne les connait pas ces revendicateurs, on sait qu'ils croient et défendent leurs idéaux, qu'ils veulent être reconnus et respectés, mais pas plus. Les gardiens de ce micro monde carcéral, ils frappent, en souffrent, aiment çà... ou pas. Le fait est qu'ils sont la tous. Grève de l'hygiène puis de la faim, le film nous expose tout ce que notre corps redoute. On redoute mais on admire les prises de vues audacieuses de McQueen. Cet esthétisme soigné et permanent qui prend le temps d'installer l'ambiance si particulière du film : rien d'étonnant quant on sait que le réalisateur est avant tout un plasticien artiste reconnu et exposé dans les musées du monde entier. Il réussit même à sculpter le corps de l'acteur principal dont la performance squelettique est à saluer.
Pour finir, je dirai que ce film a besoin du cinéma pour exister et capter l'attention du téléspectateur qui serait tenté en DVD par l'avance rapide ou la censure des scènes les plus dures. Un voyage dont on ne ressort pas indemne, je suis contente d'avoir franchi le pas. (G.M)
Film de Steve McQueen avec Michael Fassbender, Liam Cunningham, Stuart Graham.
La canicule se fait plaisir et envoie sous terre nos petits vieux. Sonia a trois enfants et un mari à la maison. Noire, elle s’occupe de vieux blancs, et de l’entretien d’une laverie. La vie suit son cours avec vue sur la cité des alouettes, jusqu’au jour du mariage de la fille aînée…. Reflet d’une réalité que trop de gens ignorent et qui pourtant fait partie de notre société, Aide-toi le ciel t’aidera met en scène une pléiade d’acteurs pleins d’authenticité, de personnages réalistes et imparfaits. Une mère un peu faible, pas toujours catholique, mais qui ne veut que le bonheur de sa famille, des enfants insolents, des coiffeuses nymphomanes, des voisins attachant de perversité... Les festivals ne s’y sont pas trompés, le prix d'interprétation féminine, attribuée à Felicite Wouassi pour son rôle au Festival de Tokyo est plus que mérité, tout comme la mention spécial du jury remporté par le film lors de sa présentation au Festival de Rome.
Après Mr Ibrahim et les fleurs du Coran, François Dupeyron s’est inspiré de Quatre mariages et un enterrement pour l’écriture de Aide-toi le ciel t’aidera. Séduit par la gaieté qui se dégage du film anglais, il avait envie de légèreté et il l’a bien restituée. Voici un film de société qui choisit de mettre en scène une famille noire. Mais, et c’est là que ça devient intéressant, son sujet principal n’est rien d’autre que cette famille, il ne dénonce pas de racisme, de policiers véreux, de parents absents, de manque d’argent, etc... Bien sûr, ces sujets seront évoqués au fur et à mesure, mais ils se feront toujours discrets, comme fondus en arrière plan. Le but de ce film n’est pas de dénoncer quoi que ce soit, il milite mais n’attaque pas, il se contente de témoigner. Le tout reste relativement cynique, toujours dynamique et vivant, notamment grâce aux prises de vues originales et à la musique made in Africa. (G.M.)
Avec Ralph Amoussou, Felicite Wouassi, Mata Gabin, Claude Rich – ARP Sélection
D’une fraîcheur incroyable, ce joli conte plonge le téléspectateur dans le monde d’un petit garçon universel dont les astuces et le petit air canaille sentent bon l’insouciance de l’enfance. Stefek, du haut de ses dix ans, aime regarder passer les trains et se prendre pour un grand. Deux soldats de plombs logent dans ses poches, gardiens d’une ingéniosité dont la sœur aînée fait parfois les frais. La vie n’est pas sans soucis dans son petit village de Pologne, mais on les oublie vite car en forçant le destin ou son copain la chance, tout devient possible. Les acteurs sont remarquables de naturel et les paysages doux comme le printemps (en été). Ajoutez à cette recette une musique bienveillante, rythmée et parfois presque cocasse et sous vos yeux prend vie une histoire merveilleusement ficelée, teintée de rêve. Ce film tourné vers l’Est n’est donc pas réservé à un public polonais, slaves et autres buveurs de vodka. Loin des clichés, il montre un autre visage de la Pologne, ou du moins une facette que l’on ne s’attend pas forcement à découvrir, belle, imparfaite et authentique. Soyez assurés de l’effet de ce film sur votre humeur. Bravo à Andrzej Jakimowski, réalisateur qui a réussi haut la main son tour de passe-passe (traduction littéraire du titre polonais). Il démontre que la vie en Pologne, comme ailleurs, peut toujours être simple et douce, pourvu qu’on y croit. (G.M.) Un conte d'été polonais, avec Damian Ul, Ewelina Walendziak, Rafal Guzniczak, Tomasz Sapryk, Iwona Fornalczyk — un film KMBO
Rencontre publique au cinéma Star à Strasbourg avec Andrzej Jakimowski, réalisateur du Conte d'été polonais :
Le réalisateur, bienveillant et tout en simplicité a tenté de répondre aux questions parfois alhambiquées de téléspectateurs enchantés. Personnellement, j’ai résisté à l’envie de lui demander tout simplement le nom de la ville choisie pour le tournage, j’aurais été tentée de réserver un billet sur un coup de tête pour ce petit coin de gentille tranquillité. J’ai donc écouté : que pensez vous de la musique ? N’y a-t-il pas un clin d’œil à telle référence du cinéma italien ? Pourquoi ce film ? Selon moi, chez Jakinowski le cinéma est tout simplement naturel : réfléchi et bien pensé, mais pas à décortiquer, juste à regarder et à apprécier. Quelques propos :
« Toutes les affiches sont imprimées, la programmation est planifiée : l’imminence de l’avant-première est déjà sur toutes les lèvres. L’équipe du film est sur le qui-vive et attend avec impatience la projection du fruit de son travail… Le staff oublie le reste du monde et toute considération, notamment politique... Vexée, l’assemblée nationale polonaise décide de se dissoudre, histoire de voler la vedette au septième art, non mais… Pourquoi chercher : la date idéale pour ressouder tout ce petit monde est toute trouvée, il suffit de squatter le créneau de la dite avant-première… heureusement, le peuple a toujours besoin d’oublier vite les candidats qu’il vient d’élire et pour cela rien de mieux qu’un bon film… la présentation du conte n’a donc pas souffert du désordre politique environnant. Heureusement ! »
« Pour le rôle du SDF, j’ai tenu à faire venir de Varsovie un acteur que j’aime beaucoup… par contre pour les personnages principaux, j’ai préféré recruter dans la rue des perles d’acteurs inconnus… (adaptation libre de ce qui a été traduit lors de l’avant première, ndlr) »
La Frontière de l’aube, de Philippe Garrel
Un jeune photographe, joué par Louis Garrel — très professionnel mais sans surprise —, doit faire un reportage sur une belle actrice en herbe, Carole. Entre les deux se développe très vite un amour fou, ils passent des semaines de fascination réciproque dans le vide d’un grand appartement parisien. Le bonheur touche à sa fin quand le mari de Carole rentre des Etats-Unis. Mais leur amour est déjà trop grand. Carole se brise, François se reconstruit une vie : il décide de se marier avec une amie enceinte, mais Carole tente tout pour faire avorter ce nouvel amour… Comme tous les films de Philippe Garrel, La Frontière de l’aube évoque les différentes formes de l’amour et la difficulté qu’on rencontre à les parcourir. Qu’est-ce qui reste le plus véritable, l’amour fou ou l’amour qui s’arbitre au planning familial ? Qu’est-ce qu’il arrive si du coup il est question de prendre la responsabilité de son amour ? La phrase centrale vient du meilleur ami de François qui répond à la crise qu’il vit par un simple « Ce qui te tourmente, c’est l’amour bourgeois ». Malheureusement, Louis Garrel ne réussit pas à partager ce tourment de manière crédible.
Autant le sujet de l’amour reste indémodable, autant l’esthétique du film — d’ailleurs parfaitement composé — est elle aussi indémodable. Les protagonistes pourraient vivre indifféremment aujourd’hui ou dans les années 70, et seul l’ordinateur du réceptionniste de l’hôtel vient contrecarrer l’intemporalité des images en noir et blanc. S’affirmant dans le plus beau style de la Nouvelle Vague, celles-ci positionnent Philippe Garrel comme l’un de ses derniers représentants, bien qu’il n’en ait jamais fait partie. Le thème romantique de l’amante morte, qui apparaît dans le miroir de son amour perdu, laisse percer des réminiscences du cinéma expressionniste allemand, quitte à prendre le risque d’un certain ridicule.
Garrel baigne dans la contemplation de ses protagonistes féminines, notamment Laura Smet qui prête son charme félin au rôle de Carole. Il vit à plein son amour pour le visage féminin sur lequel la caméra se pose avec délice. Ce sont ces images magnifiques qui font la puissance de ce film et qui mettent complètement en arrière-plan la narration. Dans toute cette beauté, il est pourtant difficile de ne pas ressentir les quelques longueurs que le film laisse apparaître. Si un réalisateur comme Philippe Garrel doit toujours se laisser mesurer à l’ensemble de son œuvre, La Frontière de l’aube, malheureusement, ne s’impose pas comme un film majeur, le réalisateur se montrant beaucoup trop fidèle à des recettes filmiques déjà éprouvées, sans avoir pu cette fois-ci les hausser à leur meilleur niveau. (C.D.) Un film de Philippe Garrel, avec Louis Garrel, Laura Smet, Clémentine Poidatz — Les Films du Losange
Ein junger Fotograf, gespielt von Louis Garrel (professionell aber ohne Überraschung), wird mit einer Reportage über die schöne, aufstrebende Schauspielerin Carole beauftragt. Zwischen den beiden entwickelt sich schnell eine amour fou – Wochen verbringen sie in gegenseitiger Versunkenheit in Carols großem, fast leeren Pariser Appartement. Das Glück wird jäh unterbrochen, als Caroles Mann aus den USA zurückkommt. Doch da ist ihre Liebe schon zu groß. Carole zerbricht daran, Francois baut sich eine neues Leben auf.
Ein Jahr später ist er auf dem Weg, zu heiraten, seine Freundin erwart ein Kind. Aber der Geist Caroles versucht alles, diese neue Liebe zum Scheitern zu bringen …
Wie in allen Filme von Philippe Garrel geht es auch in „La Frontière de l’aube“ um die verschiedenen Arten der Liebe und die Schwierigkeit, sie zu meistern. Was ist wahrer, die amour fou oder die geborgene Liebe mit Familienplanung? Was passiert, wenn es auf einmal darum geht, für seine Liebe Verantwortung übernehmen zu müssen? Der zentrale Satz kommt vom besten Freund Garrels, der auf die Krise seines Freundes mit einem lapidaren „Das, was dich quält, ist die bourgeoise Liebe“ reagiert. Schade, dass Louis Garrel es nicht schafft, diese Qual glaubwürdig zu transportieren.
So zeitlos wie das große Thema der Liebe, so zeitlos ist auch die perfekt durchkomponierte Ästhetik dieses Films: Die Protagonisten könnten heute genauso gut wie in den 70ern gelebt haben, der Computer in der Hotelrezeption konterkariert die schwarz-weiß-Ästhetik der Bilder, die im schönsten Stil der Nouvelle Vague daherkommt, deren ehrlichster Vertreter Garrel wohl bis heute ist, ohne jemals dazu gehört zu haben. Das romantische Thema der toten Geliebten, die dem erschütterten Lover im Spiegel erscheint, lässt den deutschen expressionistischen Film wieder auferstehen, nur dass dieser Effekt heute riskiert, einen Film der Lächerlichkeit preis zu geben.
Garrel gibt sich elegischen Betrachtung seiner weiblichen Hauptdarstellerinnen hin, lebt seine Liebe für das weibliche Gesicht voll aus, vor allem dem von Laura Smet, die ihren katzenhaften Charme der Rolle der Carole leiht. Der Film lebt von diesen wunderschönen Aufnahmen, die die Narration allerdings vollständig in den Hintergrund stellt. Bei all der schwarz-weißen Schänheit ist es für den Zuschauer schwierig, nicht die Längen zu spüren, die der Film eindeutig hat.
Ein Filmemacher wie Philippe Garrel muss sich immer an seinem Gesamtwerk messen lassen. Darin wird „La frontière de l’aube“ mit Sicherheit nicht die erste Position einnehmen. Der Film ist keine cineastische Überraschung und mit Sicherheit kein Highlight. Dafür scheint Garell zu sehr seinen seit Jahrzehnten erprobten filmischen Rezepten verhaftet zu sein, ohne dass es ihm diesmal gelungen wäre, sie auf eine neue Ebene gehoben zu haben. (C.D.)