FLUX4 RADIO - la radio offshore

The Smiths, The Sound Of

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Mesure-t-on aujourd’hui encore l’impact des Smiths sur leur temps ? À un moment où les meilleurs groupes punk et new wave avaient déjà rendu les armes, l’utime sursaut venait d’une jeune formation mancunienne en 1983, mené par un dandy. Naturellement, les allusions de leur chanteur à Oscar Wilde et les glaïeuls qu’il arborait sur scène peuvent prêter à sourire aujourd’hui. N’empêche que Morrissey et ses acolytes auront alimenté bien des fantasmes. À coup de maxis et d’albums publiés à un rythme effréné, ce groupe prolifique a maintenu des mois durant notre niveau d’exigence pop. Cette magnifique compilation restitue avec brio la créativité de ce qui reste l’un des meilleurs groupes de la décennie. (E.A.)
The Sound Of The Smiths, 2CD Rhino

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Rock Bottom, de Robert Wyatt

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Rock Bottom n’est pas le fameux « disque de Robert Wyatt », il ne s’appréhende pas comme une messe, avec cette part de sacralité et de respect qu’on voudrait attribuer à tout chef d’œuvre. Il est — et restera — un formidable instant de vie. Bien sûr, il y a les circonstances, ce terrible accident survenu le 1er juin 1973 et qui laisse Robert Wyatt entre la vie et la mort, lui impose non seulement huit mois d’hôpital et la chaise roulante pour le reste de sa vie. Avec une conséquence tragique : l’abandon de son instrument de prédilection, la batterie. Legless, sans ses jambes, l’ex-Soft Machine doit s’inventer une nouvelle vie musicale, mais contrairement à ce qui est formulé généralement, Rock Bottom avait déjà été écrit en grande partie avant et l’ironie de l’histoire veut que l’accident soit intervenu très précisément la veille des premières répétitions avec un nouveau groupe qui devaient conduire à un premier enregistrement du disque. Naturellement, la longue période passée à l’hôpital et toute la réflexion que mène Wyatt sur sa pratique musicale future le conduisent à repenser son projet. La découverte d’un vieux piano dans la salle d’attente de l’hôpital conditionne une approche plus intimiste qui révèle les subtilités du nouveau langage qu’il crée pour exprimer ses sentiments. No, nit not / Ni no not / Nit nit folly bololey / Alife my larder, rarement note d’amour n’avait été à ce point susurrée comme un martèlement ultime. Pour qui écoute — ou découvre — ces passages, la plongée au tréfonds d’une humanité qui se débat est brutale, abyssale. Il en va de même pour chacune des six compositions de ce disque, construit comme un diptyque, avec par face, une introduction, un morceau central et une conclusion dramatique. Cette subtile architecture favorise l’intensité dramatique de l’instant, jusqu’à nous entraîner malgré nous dans une vision sans espoir. Qu’on se souvienne des paroles finales qui annoncent l’apocalypse à venir : In the garden of England / dead moles lie inside their holes / The dead-end tunnels crumble / in the rain, underfoot / Innit a shame? / Can’t you see them? / Can’t you see them? / Roots can’t hold them / Bugs consol them… Et de terminer sur une étrange note médiévale, post-nucléaire, post-tout. La réédition en CD chez Domino, avec pochette d’origine signée Alfreda Benge — la compagne de Wyatt qu’il épouse le 26 juillet 74 au moment de la sortie du disque —, offre peut-être la version qui se rapproche le plus du vinyle tel qu’il est encore très prisé par les amoureux de la première heure. Il restitue des informations précieuses, dont les featurings dans le détail, Richard Sinclair de Caravan, Hugh Hopper de Soft Machine, Fred Frith d’Henry Cow, Ivor Cutler, Gary Windo, Laurie Allan, Mike Oldfield, autant de contributions prestigieuses à ce qui reste l’un des disques majeurs dans l’histoire de la pop music. (E.A.)
Rock Bottom, Domino


Également réédités : Live Theatre Royal Drury Lane 8th September 1974, Domino ; Ruth Is Stranger than Richard, Domino, Old Rottenhat, Domino, Nothing Can Stop Us, Domino…


Pour plus d'infos : http://www.dominorecordco.com/artists/robert-wyatt/



Thomas Fersen, Trois Petits Tours

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Thomas Fersen, Trois Petits Tours
Thomas Fersen est pour les joueurs d’ukulélé, une référence absolue. Nous attendions tous le nouvel album du chanteur à la « petite guitare porte-clefs », je cite ses propres mots. Comme souvent, nous ne sommes pas déçus et il nous entraîne dans son univers si particulier. Cette fois-ci avec Trois Petits Tours, il nous fait rentrer dans son intimité la plus profonde : sa valise qu'il nomme tendrement Germaine. Les inconditionnels regretteront sans doute l'absence des personnes attachantes qui hantaient son Pavillon des fous ou les animaux de ses premières fables musicales. Pourtant, cet album est une réussite, tout d'abord musicale. Au gré des chansons, nous passons d'une fanfare déglinguée à la manière d’un Tom Waits à une musique plus aérienne, ou même à des sonorités plus reggae ou country ; ce savant mélange est réalisé avec la complicité de Fred Fortin qui l'accompagne comme bassiste en tournée. Après son duo ukulélé avec Pierre Sangra, Thomas repart donc sur les routes pour y trouver l'inspiration. Des douaniers étonnés devant un étui d’Ukulélé, un voyage sur un Concombre, ou La Malle qui se nourrit tous les matins de son linge sale composent l'inventaire de cet artiste tellement à part dans le paysage musical français. Il mène sa carrière tel Alexandre le bienheureux, et nous offre des chansons que nous avons envie d'écouter, de chanter et de jouer. Alors, tous à vos ukulélés, citoyens. (K.J.)
Trois Petits Tours, Tôt ou Tard

Late Of The Pier, Fantasy Black Channel

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Ce qu’il y a d’admirable avec la production anglaise, c’est que la hype du moment est généralement annonciatrice d’un mouvement esthétique de fond. De même que Klaxons ne devaient être que le groupe d’un instant, on annonçait une destinée très éphémère à Late Of The Pier, un groupe de Nottingham trop vite propulsé Single Of The Week avec l’incroyable Bathroom Gurle par le très respectable New Musical Express. Une distinction qui ouvre la porte aux plus grands succès tout autant qu’à une disparition immédiate dans les tréfonds de l’inconscient pop. Au moment de la sortie de son premier album, les choses s’éclaircissent cependant : nous sommes bien en présence de l’une de ces aventures musicales parmi les plus excitantes, comme seule l’Angleterre est en mesure de nous en révéler de temps en temps. Avec un état d’esprit totalement décloisonné, ces quatre-là savent digérer le meilleur du space-rock, de l’electro et du post-punk, un peu comme si les Sparks, King Crimson ou Bauhaus croisaient en studio les tenants de la nouvelle vague du heavy-metal britannique dans les années 80 — on aura du mal à croire que le titre Whitesnake est utilisé de manière complètement innocente sur le disque ! Tout cela avec une maîtrise et un sens de la déconstruction qui conduisent à l’incrédulité les plus endurcis des rock-critics. Cette manière de mélanger les sources les plus improbables est poussée ici jusqu’à sa forme ultime, paroxystique, à la limite du chaos. Du même coup, ce disque donne du sens à toutes les tentatives electro post-prog qui l’ont précédées, Klaxons encore une fois, mais aussi Midnight Juggernauts. La production d’Erol Alkan, décidément au cœur de ce qui se fait de mieux aujourd’hui n’explique pas tout ; la culture musicale de ces quatre grands fans des Beatles, de Led Zeppelin et de Magazine les conduit plus loin que beaucoup d’autres. Elle leur ouvre des portes esthétiques infinies ; le Pier reste donc à venir. (E.A.)
Fantasy Black Channel, Because Music

Lire l'interview du groupe ici


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Gotye, Like Drawing Blood

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Ils ne sont pas très nombreux les artistes qui puisent leur inspiration dans les rythmiques de Steward Copeland, et pourtant dès qu’il se met à la batterie, Gotye — prononcez Gaultier —, trouve chez le batteur de The Police, une manière mutante de charpenter ses propres constructions pop. Cet Australien, né à Bruges en 1981, fourmille d’idées ; à l’image de ses compatriotes de The Avalanches, il empile avec brio les fragments de vinyles, de K7 audio et vidéo ou de mp3, dont certains puisés dans la collection léguée par son voisin. Il en résulte la somme enthousiaste de tout ce que ce vorace a pu ingurgiter aussi bien dans les domaines de la pop, du dub, de la soul, de l’electro que du jazz ou de la musique classique. Appuyé par le compositeur François Tetaz d’Architecture in Helsinki dans une démarche plastique très singulière qui fonctionne par accumulations, il a su donner de la cohérence à un ensemble éclectique sanguin — d’où le titre de l’album — et étonnamment communicatif. L’Europe ne devrait plus tarder à accueillir très favorablement ce laborantin de génie. (E.A.)
Like Drawing Blood, Lucky / Differ-Ant

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David Bowie, Live Santa Monica ’72

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En 1972, le monde lui appartient. Quand il se produit sur la scène du Santa Monica Civic Auditorium, le 20 octobre 1972, le prince David Bowie règne sans partage sur la pop. La publication quelques mois auparavant — le 6 juin précisément — de son chef d’œuvre The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars consacre cet artiste qui s’est longtemps cherché une identité. Avec cet album, il feint de nous imposer le mythe de la rock-star ultime, mais c’est une nouvelle fois pour mieux brouiller les pistes. Le public succombe au charme désuet d’un rock outrancier, d’inspiration opportunément glam, mais qui révèle chez Bowie de vrais talents de compositeur pop. Ce faux concept-album est également la première entreprise d’un marketing pop abouti d’un artiste en passe de devenir expert en la matière, il s’accompagne d’un véritable travail sur une imagerie mouvante, dont la constante est une androgynie exacerbée. Contrairement aux Rolling Stones et à tous leurs pastiches early ’70s, David Bowie maîtrise toute l’ambiguïté dont il entoure son nouveau personnage. En cela, il rejoint Marc Bolan qui connaît avec T.Rex un succès retentissant. À la différence, il fait de son image changeante une vraie marque de fabrique qui lui permettra d’imprimer sur la décennie une vision esthétique très singulière. Ce 20 octobre 1972, il a pleinement conscience qu’il peut s’appuyer sur cette nouvelle assurance pour faire tourner un spectacle dont il ressent immédiatement la portée historique. Les chansons sont là, les musiciens aussi, avec le complice Mick Ronson à la guitare, Trevor Bolder à la basse, Mick Woodmansey à la batterie et Mike Garson qui apporte déjà sa touche cabaret au piano. Bowie le sait, il est aux USA, il emporte son personnage sous le bras — « Ziggy goes to America », annonce-t-il en prélude au chef d’œuvre suivant, le troublant Aladdin Sane qu’il est déjà en train d’écrire et dont il livre déjà sur scène The Jean Genie —, mais ne prévoit aucune captation des concerts qu’il y donne. Il s’avère que l’histoire retiendra l’enregistrement de Santa Monica comme l’un des plus célèbres bootlegs pendant plus d’une vingtaine d’années jusqu’à sa première publication de manière quasi-officielle en 1995. De l’avis général, ce live a toujours été supérieur aux autres prises de son de la même tournée, notamment celles qui ont alimenté la BO du film Ziggy Stardust — The Motion Picture en 1983, il reste de loin supérieur aux sorties live qui ont ponctué la décennie, les médiocres David Live (1974) ou Stage (1978). Aujourd’hui, cette nouvelle version dans un coffret cartonné chez Virgin/EMI, rend hommage à ce moment unique dans l’histoire du rock, la rencontre d’une star devenue incontournable, de ses chansons déjà éternelles et d’un public enfin conquis. (E.A.)
Live Santa Monica ’72, Virgin/EMI

 

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The Dodos, Visiter

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La pop n’est jamais plus émouvante que réduite à sa plus simple expression. Le duo de San Francisco The Dodos l’a bien compris ; munis de quelques guitares et de percussions, Meric Long et Logan Kroeber interprètent leurs chansons comme si leur vie en dépendait. Loin des gimmicks et autres discours référencés du moment, ces deux-là vont à l’essentiel, tout en favorisant des changements de rythme déroutants sans perdre le fil de chansons qui gagnent en émotion, écoute après écoute. La manière semble désordonnée, mais la maîtrise des effets de torsion est totale. On a beau chercher, on ne connaît rien d’équivalent aujourd’hui, même si l’approche de certains groupes psychédéliques américains récents, Neutral Milk Hotel ou d’Olivia Tremor Control pourrait nous renseigner. Mais il faut sans doute chercher plus loin, retourner à l’âge d’or, et se pencher sur les aventures discographiques les plus improbables pour trouver quelque chose qui s’apparente à cette exaltation rythmique, dans certains titres des Feelies peut-être, auxquels se rajouterait ce vent de folie qu’on rencontre dans les enregistrements de Red Crayola dans les ’60s ou sur le chef d’œuvre absolu signé par son leader, Mayo Thompson. Comme nous l’indique la pochette construite à partir d’un dessin d’enfant, les Dodos nous invitent avec ce second album à visiter leur antre, peuplé d’étranges figures primitives aux mœurs tendrement tribales. Ne résistons guère plus longuement à l’appel des sens… (E.A.)
Visiter, Frenchkiss / Wichita

 

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Leila, Blood, Looms and Booms

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Elle ne cherche pas forcément à se distinguer, mais quoiqu’elle fasse Leila Arab reste une artiste à part. Elle est née laborantine et joue avec les sons que ce soit au piano ou derrière des platines qu’elle a appris à apprivoiser très tôt. Il est évident que sa rencontre avec Björk, pour qui elle assurait les parties de claviers en concert, l’a confirmée dans ses envies de pousser plus loin l’exploration de territoires électroniques encore vierges. Notamment dans deux premiers albums qui ont fait date, Like Weather (1998) et Courtesy Of Choice (2000). Depuis malheureusement, la disparition traumatisante de sa mère, puis de son père, l’a éloignée de la musique et on la supposait peu encline à y retourner. De même que Leila a dû faire table rase du passé, notamment quand ses parents ont quitté l’Iran en 1979, alors qu’elle n’avait que huit ans, un nouveau départ lui a semblé récemment possible. Avec Blood, Looms and Blooms, elle se confronte à la vie, et se tourne vers un avenir qu’elle souhaite fulgurant. En une poignée de compositions aventureuses, elle relate un exil fait de rencontres sublimes (Terry Hall des Specials et de Fun Boy Three, Martina Topley-Bird, Luca Santucci…) tout en rendant hommage à sa terre d’accueil, l’Angleterre éternelle, dont elle rappelle subtilement les évolutions esthétiques successives, pop (la reprise inattendue de Norwegian Wood des Beatles), ska, dub, soul ou trip hop dans un maelström electronica déconcertant, mais riche de promesses d'avenir. (E.A.)
Blood, Looms and Blooms, Warp / Discograph

 

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Dan Le Sac VS Scroobius Pip, Angles

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Angleterre année zéro. Dan le Sac et Scroobius Pip, respectivement DJ-producteur et rappeur, tous deux survivants d’une série de déflagrations discographiques décident de rallier Stanford-le-Hope dans l’Essex à la capitale londonienne. Ils fouillent dans les décombres d’un patrimoine musical éparpillé et collent bout à bout les fragments épars des vinyles qu’ils y trouvent. Tout y passe, The Beatles, The Beach Boys, Led Zeppelin, The Sex Pistols, The Clash, The Cure, The Smiths, Pixies ou Radiohead. « They are just bands ! », soupirent-ils en espérant secrètement ne jamais devenir the next big thing d’un monde qui s’ouvre à leurs yeux. Ils nous avaient pourtant dicté leur onzième commandement : Thou Shall not read NME (« Jamais tu ne liras le New Musical Express ! »). Mais la question se pose : comment résister à ce beat ravageur, ce phrasé qui renoue avec la tradition d’un rap à la limite de la scansion poétique ? Comment résister à ces hits Thou Shall Always Kill, Letter From God To Man ou Look For The Woman, qui situent d’emblée ce duo comme l’un des plus inventifs de sa génération ? (E.A.)
Angles, Sunday Best / PIAS


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CSS, Donkey

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Les choses se sont peut-être précipitées pour nos amis brésiliens de CSS, un sextet originaire de São Paulo. Un succès aussi soudain qu’inespéré avec un premier album, des soucis financiers engendrés par un manager peu scrupuleux, auraient pu avoir raison du groupe. Mais une fois la situation réglée avec le départ de la bassiste Ira, les quatre filles restant, Lovefoxxx, Carolina, Ana et Luiza, d'anciennes étudiantes en graphisme et mode réunies autour du fantasque Adriano, se sont consacrées à l’enregistrement d’un disque qu’elles souhaitaient délibérément rock, à l’image de leurs prestations scéniques débridées. S’inspirant de modèles des débuts des ’90s, Sonic Youth, Pixies ou Sebadoh, elles retournent ainsi à ce qui a fait l’essence de leur éducation musicale, bien loin des fantasmes electro ou punk-funk qu’on leur supposait jusqu'alors. Il en résulte un disque organique et libéré à l’enthousiasme communicatif, construit autour d’une poignée de pop-songs qui constituent autant de hits potentiels. (E.A.)
Donkey, Sub Pop


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U2, Boy, October, War [Remastered 2008] — Deluxe Editions

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Non, l’histoire d’U2 ne débute pas en 1987, à l’heure d’un succès planétaire confirmé, ni même en 1984, au moment où le célèbre quartet irlandais affine sa production aux côtés d’un expert pourtant réticent dans un premier temps, Brian Eno. Non, l’histoire débute bien plus tôt, mais sans remonter jusqu’aux premières expériences musicales qui datent du lycée en 1977 sous le nom de Feedback, on peut dater le véritable acte de naissance à la sortie du premier EP, U2:3, qui installe déjà le son d’un groupe très prometteur. À la télévision irlandaise, un animateur visionnaire annonce le groupe majeur des décennies à venir, et pourtant Bono n’est encore qu’un adolescent sautillant dans sa veste en cuir colorée sur des rythmiques presque glam. La sortie de l’intégrale digitale avait exhumé en partie certains inédits et autres versions singles des premiers brûlots de Bono, The Edge & co. Avec les rééditions des trois premiers albums Boy, October et War dans des versions Deluxe double CD augmentées de b-sides et autres raretés, on redécouvre avec bonheur toute cette histoire balbutiante, mais déjà magnifique. Contrairement à l’avis relayé en France à partir de sources anglaises de mauvaise foi, l’écoute nous confirme que ce groupe à la personnalité hors du commun ne s’est pas imposé par défaut, après la disparition de Joy Division, entre autres groupes post-punk phares au début de la décennie, mais que ses compositions le situaient très tôt dans la lignée de ses devanciers historiques. Les quatre se rêvaient plus célèbres que les Beatles — que le Christ ? —, et ont construit méthodiquement leur carrière autour de cet objectif qu’ils n’ont jamais vécu comme un fantasme pur. Avec cette capacité de séduction innée, dont on sent déjà la charge derrière la candeur apparente des deux premiers disques, ils livrent très tôt des pop-songs ultimes qui créent l’adhésion immédiate. Aujourd’hui, I Will Follow, Gloria, Celebration, et bien sûr New Year’s Day, Two Hearts Beat As One ou Sunday Bloody Sunday continuent de sonner comme les hymnes d’une génération. À l’instar des disques de The Cure, Seventeen Seconds, Faith et Pornography, ou des trois premiers Echo & The Bunnymen, cette trilogie nous a accompagnés en temps réel de l’adolescence à ce qui ne constituait pas encore pour nous l’annonce de l’âge adulte. C’est avec émotion que nous replongeons dans tous ces titres qui nous ont permis de nous construire un avenir. (E.A.)
Boy, October, War — Island


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