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Peter Knapp, l'image au présent


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La galerie Stimultania consacre une exposition à Peter Knapp à travers les axes du cinéma et du mouvement. Un parcours en diagonale dans l'œuvre foisonnante de ce photographe, graphiste, peintre, cinéaste et vidéaste suisse, véritable touche-à-tout agissant.

Soixante dix-neuf. Il faut se le répéter et aller jusqu'à l'écrire pour se persuader qu'il s'agit bien de l'âge de Peter Knapp. Parce que rencontrant l'artiste pour évoquer son exposition à la galerie Stimultania, on a le sentiment d'être face à un jeune homme. Comme si toute sa trajectoire, de ses études à l'École des Arts Décoratifs de Zurich, à son poste de directeur artistique aux Galeries Lafayettes (1955-1959), puis au magazine Elle (1959-1966), ajoutée à ses parcours de photographe, de cinéaste et à ses activités d'enseignement et d'édition n'avaient jamais entamé sa passion et sa curiosité. C'est au sortir d'une discussion stimulante embrassant divers sujets, des piliers endommagés du centre Pompidou-Metz à l'anecdote sur l'arrivée à l'écriture de Marc Lévy, ou à l'incursion de la photographie aux Galeries Lafayettes, qu'on saisit mieux Peter Knapp. Prolongeant Susan Sontag qui disait qu'« Écrire sur la photographie, c'est écrire sur le monde », on oserait avancer que photographier, c'est être présent au monde. Et que cette présence passionnée doublée d'une acuité et d'un regard critique permanents, si Peter Knapp les doit en partie à sa pratique, il ne cesse de nourrir celle-ci en retour. Rencontre inouïe au premier étage du Café de Flore, à Paris.

Avez-vous été surpris par le choix des œuvres sélectionnées par les commissaires de l'exposition Knapp ça tourne ! ?

Ayant enseigné pendant douze ans, j'ai toujours eu le sentiment de recevoir autant que de donner. Revoir mon travail avec des choix ignorant ce que je fais actuellement et remontant jusqu'à quarante ans en arrière est une chose très amusante. Celui qui fait est dans ce qu'il fait et n'a pas souvent de regard sur le passé. Il est toujours dans le présent, avec des doutes, peut-être, mais là où se trouve la tête, se trouve le cœur. Mais c'est aussi lié à mon âge : ayant eu beaucoup d'expositions, j'ai compris que lorsque je décide des œuvres, l'exposition prend toujours un peu le même chemin. Là, comme ce sont des personnes d'une autre génération que la mienne qui choisissent, le chemin est différent et ce décalage me plaît...

Comment définiriez-vous ce chemin qui est le vôtre ?

Je ne travaille pas sur une œuvre et n'ai donc pas l'idée d'une chose précise. J'ai plus le sentiment d'aller d'essais en essais, d'expériences en expériences. L'histoire n'étant pas séparée de nos vies et de notre création, elle amène d'autres outils avec lesquels je travaille. J'avance plus par curiosité que par égo, où alors je vais voir ce que donne mon égo dans le numérique, dans le film, dans le livre, etc. Mais je ne fais pas cela pour mettre un cadre autour, je préfère qu'il n'y ait pas de cadre autour de mon travail... Au départ, j'étais artiste peintre. Ma vie en France a fait que j'ai été plus connu pour mon travail de graphisme que pour ma peinture. Puis, la photographie est arrivée et a été reconnue comme un art. Subitement être un artiste n'était plus uniquement être un peintre, cela désignait aussi le fait de faire des films, des photographies,... Les choses bougent et l'histoire est importante dans nos parcours.

L'exposition vous amène-t-elle à jeter un regard différent sur certains de vos travaux antérieurs ?

Pas tellement. Je suis rarement satisfait de ce que je fais dans le temps présent. Il faut que le temps passe pour que j'accepte mon travail. Sur le temps présent il y a toujours un décalage entre l'imagination et le résultat et je n'arrive jamais à faire mieux que ce que j'imagine. Quand les choses ont vécu dans le temps, la comparaison avec le travail des autres m'aide à les accepter. À leur donner une certaine valeur.

Est-ce pour cela que vous faites de la photographie, art permettant la captation du temps présent ?

Je ne fais pas de la photographie, je fais de l'image. Si je dessine, photographie, filme, mets en page un livre, tout cela relève pour moi de la communication visuelle. Ce n'est pas parce que je sais peindre que je peins, parce que je sais photographier que je photographie. C'est parce qu'un ciel bleu est crédible en photo que je le photographie plutôt que de le peindre. Ce n'est pas l'outil qui me mène, c'est plutôt l'imaginaire qui me mène à l'outil. En même temps, le souci d'authentification n'est pas important pour moi et j'aime beaucoup cette phrase de Picasso « Quand je n'ai pas de bleu, je mets du rouge ».

Le principe de la commande est une tradition dans l’Histoire de l’art. D’évoluer dans un cadre, ça semble vous plaire…

Dans le fond, je suis artiste, mais je souffre souvent. Vous savez, récemment, j’ai eu plusieurs expositions personnelles, mais je n’ai quasiment rien fait de nouveau, si ce n’est une ou deux petites choses qui m’ont satisfait. Or, j’ai eu un coup de téléphone d’un PDG de Londres et qui m’a dit : « Ecoutez, j’ai vu votre exposition à Hyères [à la Tour des Templiers, ndlr], et j’ai découvert que vous faisiez des choses totalement décomposées-recomposées. Moi, je suis Pringle Of Scotland, je fais des pull-overs traditionnels depuis 150 ans. Est-ce que vous voulez bien faire un truc pour moi ? » J’étais absolument ravi ! Il m’a sorti du trou. Je devais regarder des pulls et trouver une idée. Il m’a laissé une liberté totale, et du coup j’ai fait 10 images sur commande que je serai capable d’exposer dans une galerie. Avoir un sujet, une date, un format, je trouve ça excitant ! La commande, ça vous sort du doute. Oui, ça vous sort de l’angoisse… Je raconte souvent à mes élèves l’anecdote concernant Jean-Luc Godard et Le Mépris. J’aimerais vraiment croire que c’est vrai... Lorsque Godard a montré Le Mépris à son producteur Carlo Ponti, ce dernier lui aurait dit : « Jean-Luc, ton film est très bien, mais tu ne t’imagines tout de même que je te paie Brigitte Bardot, sans que tu montres son cul dans ton film ! » Godard rappelle Bardot et lui dit : « Il faut que tu reviennes ! Je dois filmer ton cul dans toutes les couleurs ! » Cette scène ouvre le film, elle est celle qu’on retient. Godard a su réinterpréter la critique et trouver la solution. Il faut être suffisamment libre pour introduire des choses positives, même si la contrainte est imposée.


Par Caroline Châtelet et Emmanuel Abela / Photo : Jean-Philippe Senn
Entretien réalisé pour le numéro hors-série #5 de Novo
, Peter Knapp by Novo

KNAPP ÇA TOURNE !, exposition, du 21 janvier au 3 avril à la Galerie Stimultania à Strasbourg

www.stimultania.org, 03 88 23 63 11



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