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Joe Sumner, l'affranchi

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Le chanteur, bassiste de Fiction Plane, surfe sur la nouvelle vague du succès. Propulsé sur le devant de la scène par son père, Sting, Joe Sumner et son groupe volent aujourd’hui de leurs propres ailes, totalement affranchis de la tutelle de The Police, plutôt lourde à porter.


Groupe à part entière, Fiction Plane propose un rock débridé, entre tempo pop classique et grooves progressifs du meilleur effet. Rencontre avec un chanteur pince-sans-rire, artiste au mimétisme paternel confondant, mais avec une très belle personnalité.

Sparks est-il le premier album de Fiction Plane en tant que groupe à part entière ?
Je suis d’accord avec ça. Fiction Plane, depuis le début de ce projet, c’est trois gars qui jouent ensemble, et on a fait cet album ensemble, comme on le souhaitait.

Les morceaux ont vu le jour après des heures et des heures d’improvisation en studio… C’est votre manière de composer ?
C’est en tout cas comme cela qu’on a fonctionné pour cet album. En improvisant, on tombe parfois sur des fragments, des petites choses, qu’on va garder, et qui vont devenir des chansons.

Et comment on passe de 4 ou 5 heures de « rush » à trois minutes de chanson ?
En fait, les choses intéressantes apparaissent assez clairement : « Ca c’est nul, ça c’est ennuyeux… » Et ça devient vite évident quand tu touches quelque chose d’intéressant.

Vous commencez donc par écrire la musique pour ensuite mettre les paroles dessus ?
Parfois, ça arrive exactement au même moment. C’est l’idéal quand tout arrive en même temps. En fait, c’est plus facile d’écrire les paroles, c’est la partie excitante, parce que c’est à ce moment que la chanson commence réellement à naître.

Les paroles peuvent-elles être influencées par la musique ?
Oui. Quand on improvise dans un certain registre, les paroles sont aussi un peu improvisées, on fait des « houu » et des « yeah » un peu partout. Quand tu ré-écoutes, tu entends que certains mots collent mieux que d’autres… Oui c’est clair, la tonalité de la musique influence la tonalité des paroles.

Est-ce plus facile de jouer sur scène des chansons nées de l’improvisation ?
Oui, parce que tout vient beaucoup plus naturellement. On n’a pas besoin de disséquer les chansons, une section après l’autre. Tout paraît plus fluide pour nous, on suit la progression naturelle de la chanson, et même pour les paroles : cette évolution du morceau a du sens, telles paroles à ce moment, qui vont s’enchaîner avec un autre passage différent… C’est très facile : « je chante un truc, et donc la suite c’est ça ».

Certains titre sonnent très pop-rock, comme ce que l’on peut entendre à la radio, mais d’autres se rapprochent plus du rock progressif… Cela donne un album très diversifié… C’est quelque chose que vous souhaitiez au départ ou est-ce venu un peu par hasard ?
On s’est senti très libre dès le départ. On a eu aucune pression de gens pour nous dire : « il nous faut des chansons de 3 minutes un peu pêchues ». Quand j’écoute des artistes que j’aime, j’ai envie d’être surpris. C’est très important pour moi de pouvoir me dire « Oh, vraiment ? » Je suis très content que notre album puisse être entendu de la sorte.

Un des événements majeurs, c’est quand vous avez troqué la guitare pour la basse…
Effectivement, c’est très important. Je ne m’étais jamais vraiment senti guitariste dans l’âme, mais c’est parce que je voulais devenir Kurt Cobain… Mais quand j’ai pris une basse, là je me suis dit que j’adorais vraiment ça. J’étais plus complet et plus solide musicalement qu’à la guitare. C’est plus simple pour chanter et jouer de la basse en même temps.

Un mot sur le design de la pochette, signé Alex Lake. Il a eu carte blanche ?
On lui a simplement envoyé les paroles et il est revenu avec des centaines d’idées. Après on a choisi ce qu’on préférait, mais au départ, il a eu beaucoup de liberté, on ne lui a rien dit du tout. On lui a juste dit « fais-le » en attendant de voir ce qui allait en ressortir. On en est très content. C’est la 4e pochette qu’il fait pour nous, et c’est aussi très satisfaisant de ne pas avoir à expliquer des paroles. Il a sans doute une interprétation différente de la nôtre, mais c’est toujours compliqué de dire : « voilà, cette phrase, ça veut dire ça », etc.

Il fait partie du groupe en quelque sorte ?
Ça en prend un peu le chemin. On ne le voit que très rarement, juste pour les couvertures.

Pourrait-il vous suivre toute votre carrière ? Vous auriez un même graphisme sur toute votre discographie…
Ça pourrait être intéressant. On ne le connaissait malheureusement pas au moment du premier album. On avait dû bosser avec des gens beaucoup plus ennuyeux… Mais oui, ce serait vraiment cool.

Il paraît que vous avez passé un grand moment à La Cigale, à Paris… Un mot du public français ?
C’est le meilleur du monde…

Vous dîtes ça…
…Et je ne dis pas ça parce que je suis en tournée en France ! On a beaucoup de succès aux Pays-Bas, où les gens sont super, mais ce n’est pas tout à fait comme en France. Le concert de Paris était incroyable. C’était le meilleur public qu’on ait jamais eu à mon avis. Les gens semblaient tellement généreux, et tout ce qu’on a donné sur scène, ils nous l’ont rendu des centaines de fois plus fort. Le guitariste d’Indochine était présent et il était choqué. Il m’a dit : « d’habitude le public parisien est un peu mou, et on doit aller en Belgique pour trouver de l’ambiance ». Avec nous en tout cas, ils ont été exceptionnels.

Et Strasbourg ?
Le problème ici, c’est la limite sonore. Il faut rester en-dessous de 100 décibels ou un truc comme ça, et ça nous complique un peu la tâche parce qu’on aime jouer très fort, mais le public est plutôt réceptif ici. Il nous avait bien suivis dans notre délire quand on avait pris des jouets en guise d’instruments.

C’est ce type de public qui vous pousse à continuer, à vous dire que tout ce que vous faîtes a un sens ?
Absolument. C’est la récompense de tout le travail d’écriture, d’enregistrement et même de promotion. Tu te dis « C’était exactement la chose qu’il fallait faire ».

La promotion…
Je déteste.

Ok.
Mais je préfère avoir du monde au concert (rire).

Vous lisez les articles qu’on écrit sur vous ?
Non, pas vraiment. J’ai peur que ça me reste un peu trop à l’esprit.

Sur certaines photos, vous êtes gaucher, sur d’autres droitier…
Je suis droitier. Il y a des photos qui ont dû être inversées dans les magazines… La plupart des grands génies de la musique sont gauchers… Mais ce n’est pas mon cas. Je suis nul.

Dernière chose… Nous avons un point commun : moi aussi, mon père est retraité de la police.
Il était « flic » (en français dans le texte) ? Excellent ! (rire franc)

Texte et photo : Sébastien Ruffet

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