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Les Eurockéennes 2009, flux-report

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Olivia Ruiz, The Ting Tings, La Roux, Passion Pit, le Staff Benda Bilili étaient programmés aux Eurockéennes, le flux-reporter les a rencontrés. Interviews, compte-rendus.


Post 1 : Electric Warriors

La première journée des Eurockéennes a été placée sous le signe de l’électricité : entre King Khan et les Shrines, qui à la manière de Screamin' Jay Hawkins ou d’un Bo Diddley nous ont entraîné à l’ère primaire du rock’n’roll, les Noisettes qui reprenaient Children Of The Revolution de T.Rex ou les Yeah Yeah Yeahs qui plagiaient le riff de This is not a love song de Public Image Limited, on sentait un vent de subversion aux abords du lac de Malsaucy. Il va sans dire que les Kills, de très proches amis des Yeah Yeah Yeahs, comme en témoigne la franche accolade entre les deux groupes à l’issue de leur concert, ont maintenu le cap dans le cadre d’un set particulièrement enlevé. De même pour le groupe belge Ghinzu, avec un rock européen, qui empruntait des voies esthétiques très proches de celles expérimentées par David Bowie à la fin des années 70. 

Dans un genre très différent, le rappeur Sefyu est retourné aux racines de la soul, se permettant au passage un bref hommage aux Jacksons Five. Les Cypress Hill lui ont emboîté le pas avec la maestria qui les caractérise et un incroyable sens de la rupture rythmique.

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Mais l’un des temps forts du festival reste la prestation de Monotonix sous le Chapiteau. Le duo brésilien, affublé de tenues impossibles, en slip fluo et chaussettes longues, est descendu dans la fosse, porté par le public. Le batteur s’est retrouvé debout sur un tambour, ne cessant de marteler ce qu’il pouvait. De mémoire de festivalier, on avait rarement pareille prestation sur scène.


Post 2 : New Wave 2.0

On nous avait annoncé les premiers orages sur le Grand Est pour le début de soirée, mais Belfort a été épargné. Le chaos électrique, on l’a vécu avec The Prodigy sur la grande scène. Décidément, nos amis anglais n’ont rien perdu de leur aura subversive : ils secouent le public à coup de beats cyber-punk, dub et électro comme peu de groupes savent le faire. Il est étonnant de voir Liam Howlett et Keith Flint se mouvoir sur scène de manière syncopée avec leurs bras tatoués et entamer une danse qui rappelle le round d’intimidation des catcheurs avant le combat. Et pourtant, on a senti de l’émotion hier. Visiblement touchés par l’accueil unanime du public, ils se sont laissés aller à des instants de véritables communions, profitant de chacun des instants qui marquaient leur véritable come-back au sommet de l’édifice rock.

Nous avons à peine le temps de nous remettre de nos émotions que les Ting Tings entament leur set au Chapiteau, à 1h30 du matin. Rappelant que le duo avait dû annuler son passage lors de l’édition 2008, Katie White a souhaité nous lire “un speech” préparé sur une feuille volante en français. « Nous sommes bien là ce soir, et on espère que vous allez danser comme des “oufs” ». Sa pratique du français, loin d’être “merdique” comme elle veut nous le faire croire, lui permet de s’exprimer en verlant sans difficulté. Jules de Martino, tour à tour, à la guitare, au clavier et finalement à la batterie, son instrument de prédilection, installe rapidement un son qui nous renvoie près de trois décennies en arrière : les Talking Heads bien sûr, leur groupe préféré, mais aussi les B-52’s, et d’autres choses bien moins avouables, comme cette intro au clavier qui nous rappelle Supertramp. Avec ses lunettes à la Trevor Horn, l’ex-Buggles – « Video killed the radio star » – et producteur mythique de Frankie Goes To Hollywood, il impose un rythme soutenu que sa très belle compagne appuie, à coups de riffs de guitares enlevés et sauts de cabri, aux abords de la scène.

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« Dans quel genre musical, classes-tu les Ting Tings ? »,
m’interroge mon voisin, enthousiasmé par la prestation des mancuniens. Electro pop 80’s ? Pop FM ? Je lui réponds que pour moi, ça reste new wave, comme aux plus belles heures de Soft Cell , Blondie ou les Flying Lizards. « New Wave 2.0. », confirme-t-il. L’idée me plaît. Et puis, je me fais la réflexion que la pop des années 80 avait fortement subi l’impact d’une révolution technologique, celle du baladeur, qui favorisait une écoute plus immédiate, moins cérébrale que certaines expérimentations de la génération précédente. Là, nous tenons peut-être nos premières stars de la génération iPod, vives, sexy, étonnamment efficaces, et qui ont déjà inscrit à leur répertoire une volée de hits pop, Great DJ – dont les « i-i-i a-a-a » sont repris en cœur, That’s Not My Name et bien sûr, Shut Up and Let Me Go, rendu célèbre par la publicité pour… l’iPod justement. Le dernier single du groupe, Be The One, est passé presque inaperçu, mais nul doute qu’il saura s’imposer comme l’un des tubes de l’été.


On le sait, les Ting Tings, malgré leur très jeune carrière, ont déjà fait des émules, comme La Roux, une jeune londonienne qui s’est imposée en tête des charts britanniques, avec un propos voisin, entre gimmick pop et envolées électroniques. Cette jeune femme, fan de Tears For Fears et de Talk Talk, entame à 21 ans sa première grande tournée. Ses tubes récents, Quicksand, In For The Kill et surtout Bulletproof, vont vivre leur première confrontation avec le public, sur une grande scène, dans quelques heures…


Post 3 : Le repos du guerrier

La vie de flux-reporter n’est pas de tout repos : il y a ces instants où tout lui échappe. Il se souviendra longtemps de ce moment de désarroi en adressant ces adieux à VV, autrement dit Alisson Mosshart, chanteuse de The Kills. Et pourtant, le rendez-vous avait été fixé. Il avait eu le temps de s’asseoir en face d’elle et d’Hotel, Jamie Hince, son alter-ego au sein du groupe. Il allait pouvoir s’entretenir avec eux ; les questions étaient prêtes : elles portaient sur le fait de constituer un duo, leur étonnante complicité malgré les vicissitudes de la vie, et il souhaitait conclure sur le nouveau projet d’Alisson, avec Jack White, au sein des Dead Weather, et interroger Jamie sur l’écoute qu’il portait à l’escapade artistique de son amie.

Il eut le temps de glisser un petit mot amical sur le fait qu’il les avait déjà rencontrés à Strasbourg, lors de leur première tournée. « Oh yes, yes fine ! », lui glissait Jamie, feignant de se souvenir. Et là, patatras, au moment de l’annonce habituelle – « ça tourne ! » – eh bien, ça ne tournait pas justement. Ça ne tournait même plus du tout. La caméra refusait tout simplement de s’allumer. Il fallait quitter l’espace, laisser la place.

Y a-t-il quelque chose de plus frustrant que de laisser la place à d'autres journalistes, qui avaient profité du mouvement ? Non, rien de plus frustrant que cet appel du regard d’Alison, qui semblait dire : « Is it ok for you ? » No, it wasn’t ok for us, on vivait même le cauchemar absolu.

Un dernier regard, et puis, elle s’en va. Dans sa longue vie, le bloggeur rock n’a jamais connu plus magnifique adieu. 

« Bye bye baby / Baby bye bye », fredonne le flux-reporter, dépité.

Il se souvint de son rendez-vous manqué avec Soko l’an passé, au même endroit. « Ça ne se fait pas de refuser une interview, n’est-ce pas ? », et pourtant la tendre chipie lui avait refusé tout de même, à quelques heures de monter sur scène pour chanter en duo avec Peter Doherty. Non, mais rien de pire ne lui était arrivé.

Après, il s’est mis à réfléchir longuement à cette étrange journée :

Y avait-il pire que d’arriver une heure en retard sur site, d’improviser une interview avec Naïve New Beaters, enchaîner avec un tour en pédalo en compagnie de Didier Wampas, et de mener un entretien express avec Alela Diane ? Il est vrai qu’on a connu pire. Mais tout de même, depuis l’orage du matin, les choses semblaient ne pas tourner tout à fait rond. Il y avait cette fille qui, pour goûter le kebab comtois, avait plongé sa main dans son sandwich sans demander son avis. Au-delà du fait que le geste paraissait équivoque, quand il la vit retirer et s’enfiler une tranche de viande bien grasse, son compagnon lui fit des reproches.

En vrac, il essayait de recomposer les événements de la journée, mais le puzzle tournait au fiasco. C’est comme dans l’aviation, la loi des séries jouait en sa défaveur. Du moins jusqu’à sa rencontre avec les Ting Tings. Avec une équipe requinquée par l’arrivée d’une nouvelle caméra, la tendance s’inversait enfin. Une bougie pour éclairage principal – merci De La Tour – le duo se livrait sans réserve. Le reporter, charmé par la blondeur évanescente de Katie White (la bien-nommée) en oubliait presque la froideur incandescente d’Alison Mosshart. Frivole, il se trouvait spontanément séduit par le drôle d’accent de la très jeune mancunienne ! Ceci dit, il n’était pas le seul ; on trouve encore aux abords du lac des restes de son équipe particulièrement troublée par la rencontre.

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Et puis, il y a cette rencontre inexpliquée au moment du retour à l’hôtel. Vues les circonstances du jour, la collision avec un faon croisé sur la route paraissait inévitable. Et non, son acolyte lui expliquait clairement que les événements plaidaient désormais en sa faveur. Une demi-seconde plus tard et le faon se retrouvait rétamé comme sur les pires pochettes des Sex Pistols. Là, aujourd’hui il gambade encore dans la forêt voisine. Une autre partie de l’équipe a croisé un lapin dans les mêmes conditions : au jeu des super-héros, dans le rôle du lapin, Pan-pan, dans le rôle du faon Bambi. Pan-pan vs. Bambi ? Qui l’emporte, Bambi assurément, en incarnation malheureuse de Michael Jackson himself ! L’équipe se sent désormais sous haute protection. Plus rien ne pourra lui arriver.

Même l’hélicoptère qui passe au-dessous de l’hôtel vers six heures du matin, transformant la ville tranquille de Champagney en Hué 1968 ne troublera pas le sommeil du flux-reporter.

Rien n’empêchera le repos du guerrier.
 

Post 4 : Le sourire d'Olivia Ruiz

On pourra s’interroger longuement sur le dispositif qui entoure Olivia Ruiz. En cherchant à la protéger, à valider le cadre initial avant tournage, à minuter le moindre instant d’interview, le management ne rompt-il pas avec la spontanéité généreuse de la jeune femme. Naturellement, l’hystérie qu’elle provoque autour d’elle, confirme qu’il faut l’entourer et éventuellement la préserver des dérapages possibles.

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Heureusement, dans l’intimité de la cinquantaine de personnes (au bas mot) qui vous regardent en même temps, l’échange est possible. Il est furtif, mais il est réel. La jeune femme vous regarde vous, et personne d’autre. Elle vous répond à vous, et occulte l’entourage béat qui l’environne. Et puis, il y a ce sourire qu’elle glisse à l’évocation de l’intimité qu’elle pourrait retrouver avec Mathias en marge d’une tournée qui s’annonce longue, voire éprouvante.

La dernière question posée était la suivante : « À l’issue d’une tournée que peut faire de mieux votre compagnon pour vous faire plaisir ? »

La question a été posée également à Alela Diane (« un bon repas »), La Roux (« un bon repas, et la vaisselle svp. »), Sophie Hunger (on n’a pas bien compris la réponse, ni celle-là, ni les autres d’ailleurs), entre autres jeunes femmes programmées aux Eurockéennes.

La réponse d’Olivia : une projection de Dexter ou de Desperate Housewives (« un truc bête vraiment, qui ne nécessite pas de réfléchir »), un bon repas, « et bien d’autres petits plaisirs qu’il voudra me faire ». Le sourire coquin qu’elle affiche à ce moment-là vaut pour toutes les réponses. La confidence est intime, elle émane d’une jeune femme qui continue de rêver, très loin du tumulte ambiant. le flux-reporter se dit alors que le sourire d’Olivia est le sourire universel de toutes ces femmes qui attendent beaucoup de la vie, mais qui continuent à se laisser surprendre par elle.

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Post 5 : La Roux, les années 80 revisitées

Dernière trouvaille du label Kitsuné, il a suffi d’un seul titre sur une compilation pour que cette jeune britannique de 20 ans soit révélée au plus grand nombre. Il faut dire que La Roux, de son vrai nom Elly Jackson, sait y faire quand il s’agit d’embraser les foules. Avec un son qui nous ramène aux riches heures proto-électro 80’s des premiers Yazoo, Human League ou Heaven 17, cette jolie rousse exprime un savoir-faire, une culture et surtout un sens de l’à-propos que peu d’artistes peuvent lui envier. Rendez-vous à 16 h, le samedi, sur le ponton France Inter. La jeune femme vient de prendre sa douche, mais elle a pris le temps de soigner sa banane “Stray Cats”. Échange détendu.

Votre album vient de sortir il y a quelques jours, mais votre single est déjà n°1 en Angleterre. Ce succès soudain vous fait-il peur ?
Ça n’est pas tant que ça fasse peur, mais il faut du temps pour s’y habituer. Nous n’avons pas le temps d’y penser qu’il faut déjà passer à autre chose. Vous devez le faire, et vous le faites. Ce qui peut paraître frustrant quand ça va si vite, c’est que vous avez toujours rêvé que les choses se passent ainsi et en même temps tout le monde commence à vous observer. Par exemple, nous jouons live depuis février, mais tout le monde s’attend à ce que vous produisiez quelques chose d’équivalent à des artistes qui jouent depuis des années à cause du succès, et ça c’est un peu difficile.

Vos influences sont clairement Tears For Fears, Yazoo et Talk Talk. Comment expliquer le fait que nous ayons à nouveau besoin de ces sons new wave.
Personnellement, je n’ai pas aimé grand chose depuis les années 80, mis à part certains sons dance ou les sons électroniques français des dernières années. Mais pour moi, il ne s’agit pas tant de retourner en arrière, mais de continuer, si vous voyez ce que je veux dire. Pour moi, les années 80 restent la dernière grande période en musique.

Derrière les sons électroniques, il reste une mélodie. Est-ce parce que vous avez beaucoup écouté Chuck Berry, Buddy Holly ou Nick Drake par le passé ?
Vous savez il n’y a rien de compliqué dans le fait d’écrire une chanson, une mélodie et une voix, une instrumentation et une voix. Tout cela vient de la simplicité du rock’n’roll, avec trois accords. Pour la pop, nous avons besoin de cette simplicité qui permet aux gens de se raccrocher à elle. Elle doit vous permettre de ressentir quelque chose de manière immédiate, comme chez Joni Mitchell, mais aussi dans les grandes mélodies qu’on entend dans des chansons plus mainstream des années 80 de George Michael ou de Cindy Lauper. De grandes mélodies !

Vous vivez à Brixton, le quartier du bassiste des Clash, Paul Simonon. Est-ce qu’un projet dub ou reggae pourrait vous intéresser ?
Là, où je vivais vous ne pouviez pas échapper au reggae ou au dub. Le producteur Dan Carey qui vit près de chez moi est branché dub. Il a joué avec Sly and Robbie. Personnellement je préfère le dancehall au dub, ou les remix dubstep. C’est quelque chose qui m’intéresse, mais c’est éloigné de ce que je fais aujourd’hui. Si je faisais quelque chose comme ça, ça serait pour moi.

Vous dites que vous avez besoin de souffrir pour écrire des chansons.
Non, je n’ai pas besoin, mais certaines personnes en ont besoin. Là, en l’occurrence pour cet album, c’était le sujet. La chose la plus difficile pour un compositeur, c’est d’écrire sur la joie et le bonheur, comme dans le morceau de Jackie Wilson, Your love keeps lifting me higher.

Vous allez tourner beaucoup. À votre retour chez vous, quelle serait la chose que votre compagnon pourrait faire pour vous rendre heureuse ?
Me préparer un bain, me préparer à manger, et me laver tous mes vêtements avant de les mettre au sèche-linge, ça serait vraiment sympa.

Il paraît que vous parlez français.

Non. Nous avons une maison ici. Ma grand-mère y a vécu les quinze dernières années de sa vie. Quand elle est décédée, il y a une dizaine d’années – j’avais douze ans –, elle nous a laissé sa maison et nous nous y rendons de temps en temps. Le reste de ma famille parle le français, ma sœur vit à Montpellier. Alors que j’utilise un nom français, je suis la seule à ne pas parler le français.

Mais vous avez choisi un nom français, La Roux.
Je sais.

Comment le prononce-t-on en Angleterre ?
La Roux, simplement la Roux. Certains le prononcent La Roux (insistant sur le “x”), mais c’est comme pour Justice qui n’aime pas qu’on le prononce à la française. Donc, juste La Roux.

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Post 6 : L'heure des choix

C’est bien connu, sur un festival comme celui des Eurockéennes de Belfort les choix sont parfois douloureux : alors, Groundation ou The Asteroïds Galaxy Tour ? La Roux ou Tricky ? Nneka ou Peter Doherty ? Kanye West ou Passion Pit ? Pas le temps de s’interroger longuement. À moins de faire moit’-moit’, on manque des instants précieux. Quoique pour Kanye West, la décision n’a pas été longue à prendre : deux morceaux pour se rendre compte de toute l’esbrouffe qui entoure le garçon, nouveau pape du crossover désabusé – joli graphisme, propos musical inconsistant – et direction la plage pour le set endiablé du quintet de Boston, autrement plus enthousiasmant.

Pour le bloggeur rock, pas trop de choix : c’est La Roux à 16h, Birdy Nam Nam à 19h, Yuksek à 20h, Passion Pit à 22h, etc., non pas sur scène, mais en plateau. Il aurait tort de se plaindre le bougre ! Mais tout de même, exit Tricky (misère !), exit Peter Doherty, et surtout pas de duo Tricky-Peter Doherty. Le fait que le premier ait rejoint le second sur scène, ça, on lui a raconté. Tout comme on lui a rapporté que Tricky s'était fait longuement porter par la foule, et qu'en mauvais garçon, il avait dépassé l'horaire, faisant tourner des boucles qui donnaient le tournis à l'équipe technique des Eurockéennes.


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Mais bon, il peut vous l’affirmer tout de même : le set de Yuksek était un instant magistral. Rarement on a vu un DJ s’emparer du micro et chanter, tout en continuant à balancer ses sons. Et pourtant, c’est bien ce qu’a fait ce jeune Rémois, désormais chef de file d’une nouvelle génération d’artistes électroniques français, producteur par ailleurs des talentueux Birdy Nam Nam, qui se sont produits sur la Grande Scène à partir de 1h50 du matin. On savait ces quatre-là capables d’emporter les foules ; la réputation a été confirmée devant 20 000 kids survoltés.

Si eux-mêmes se défendent d’avoir trouvé la solution rythmique efficace, les Birdy savent aujourd’hui imposer quelque chose aussi bien musicalement que visuellement, quelque chose qui les positionne comme des stars au même titre que leurs brillants devanciers, Daft Punk ou Justice. Et cela, en toute décontraction, affichant à l’égard de leur public une disponibilité appréciable à tout moment.

C’est peut-être ça la french touch – même si aujourd’hui le terme ne signifie plus grand chose –, une scène vivace qui se régénère sans cesse, et qui nous offre de très beaux lendemains.

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Post 7 : Passion Pit, tradition pop

On nous avait annoncé que Michael Angelakos de Passion Pit avait déjà pris la grosse tête. Or, il n'en est rien. Ne venez pas trop le titiller sur MGMT ou Hot Chip. "Si tout le monde nous dit que nous sommes proches, c'est que nous devons bien admettre que notre propos est voisin." Par contre, quand nous lui affirmons que ce qu'on entend chez Passion Pit nous fait plutôt penser, là son sourire, ainsi que celui de son batteur, Nate, est resplendissant.

"Oh oui, là vraiment, nous aimerions tant leur ressembler."

On échange ensuite sur la question de la pop. En quoi cette musique construite sur la base de boucles électroniques reste-t-elle fondamentalement pop ? Michael et Nate nous renseignent :

Michael : Je pense que la pop peut revêtir tant de formes. Elle évolue continuellement en fonction de nos vies, mais ce que nous faisons est essentiellement de la pop music, que celle-ci sonne electronica ou dance. Ça, c’est la forme qu’elle prend à un moment précis, mais au-delà de ça, ça reste des chansons-pop.

Nate : Il y a d’un côté la dimension jubilatoire et de l’autre quelque chose de plus introspectif à un autre niveau, et l’idée c’est de mêler les deux en même temps.

Michael : C’est simplement lié à la manière de vivre les gens. Ils peuvent aller bien, avoir du plaisir et en même temps ça bouillonne à l’intérieur. Nous essayons de faire ressortir cela. Les Beach Boys constituent une base pour nous, en ce qui concerne les arrangements et l’approche de l’écriture. Randy Newman, Paul McCartney et Brian Wilson sont les trois qui réussissent cela, pour moi.


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Post 8 : Le Staff Benda Bilili, vraiment très fort

Et si le meilleur concert de cette édition 2009 des Eurockéennes était à mettre à l’actif du Staff Benda Bilili ?

Il faut dire que de mémoire de festivalier, on avait rarement vu ça. Pour leur première date en Europe – la première sortie du staff de Kinshasa –, les membres du groupe ont enchanté le public.

On se souvient de Robert Wyatt lors d’une émission de télévision, évoluant sur son fauteuil roulant, en scandant : « I’m a dancer, you know ! » Ricky, Coco et leurs amis sont aussi des danseurs, ils bougent sur leurs fauteuils, s’activent en rythme. De même, pour Theo qui du haut de ses béquilles – “maudites béquilles” – se libère d’une charge trop lourde pour entamer des passes dignes d’un James Brown. De même pour Djunana, qu’on a vu descendre de sa chaise roulante, pour enfiler une casquette orange et tournoyer sur ses mains.

Le Staff Benda Bilili, vraiment très très fort.

Au-delà du handicap, quel message d’humanité ! Au contact de ces gens si souriants, si enthousiastes, on relativise tout. Les soucis du quotidien s’écroulent sous les rythmiques endiablées. Nos petits stress de gens trop gâtés se souviennent dès lors qu’il y a autre chose à attendre de la vie.

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  Et puis, il y a Roger, jeune garçon de 17 ans, shégué, enfant de la rue, fils spirituel de Ricky, génial inventeur du satongué, drôle de guitare une corde, dont il active le manche très court avec une dextérité impressionnante. Ce jeune-là a un charisme incroyable. Manifestant une force qui impose le respect, on sent chez lui une fragilité qui le rend très attachant, à l’image de cette corde qu’il pique avec fermeté et sensibilité.

Oui, la prestation du Staff constitue l’un des événements marquants de cette édition, au même titre que les Tinariwen, entr’aperçus en acoustique à la maison de l’environnement – ils jouent à 21h –, et dans l’attente de Slipknot et de Laurent Garnier, en clôture du festival.

Visionner la galerie complète flux4 des Eurockeennes de Belfort 2009

Par Emmanuel Abela
/ flux-reporter
Photos : Olivier Legras


 

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