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Matt Elliott, les chants de l'unité

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Avec Third Eye Foundation, il avait poussé très loin l’expérimentation électronique. Muni d’une simple guitare acoustique, Matt Elliott chante depuis trois albums et s’interroge avec émotion sur ce qui fait le fondement même de nos cultures.


Après Drinking Songs (les chansons à boire) et Failing Songs (“les chansons de la faiblesse”), vous venez de sortir Howling songs ; doit-on y voir la dernière partie de la trilogie des albums “songs” ?

Oui, parce qu'une fois qu'on a poussé un hurlement, il ne reste plus qu'à s'allonger pour mourir... (Howling Songs peut se traduire par : “les  chansons hurlantes”, ndlr).

Ce sont donc les chants qui précèdent la mort ?

Oui, en Grèce la rumeur courait que l'album s'appellerait en fait “Dying Songs”, les chants de la mort... Les gens ont même dit au batteur, Chris, que l'album devrait prendre ce titre là... Mais ce n'était qu'une rumeur, heureusement, car ce serait un nom épouvantable pour un album.

Vous insistez sur le mot “chansons” dans le titre, est-ce pour rappeler clairement que vous êtes devenu un auteur-compositeur, et non plus un producteur, ou un artiste de la scène électronique ?
Disons que c'est plutôt une question de choix des mots ; le titre vient également de l'époque de Drinking Songs, c'est un titre que j'ai trouvé il y a très longtemps. En fait un grand nombre de chansons ont été écrites en même temps que les deux précédents albums, elles avaient seulement été mises de côté. Le but n'était pas vraiment de dire : « Voilà, je compose des chansons », cela n'aurait pas de sens.

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On dirait que vous assumez complètement votre voix aujourd'hui, elle sonne à la fois neuve et pleine d'émotion. Cela n'a pas dû être simple au départ ?

En effet, c'était affreux... Sur cet album l'ingénieur du son a optimisé ma voix, et il m'a conseillé de la laisser à nu. Sur les deux premiers albums, je n'étais pas franchement à l'aise avec ma voix – c'est terrible de s'entendre sur un enregistrement, et c'est encore pire quand on chante. Sur l'album The Mess We Made, ma voix était en fait complètement recouverte par les choeurs, sur Drinking Songs et Failing Songs, les chœurs servaient à couvrir mes défauts,  mais du coup les imperfections se sont retrouvées sur toutes les pistes. Donc cette fois j'ai gardé ma voix seule, ce qui fait que l'album est assez réussi, et je dirais, plutôt intimiste. C'était aussi pour moi une façon d'innover.



Il y a des chansons très électro sur l'album, pleines de distorsions comme sur la première piste, The Kubler Ross Model, ou encore sur The Howling Song. C'est une manière d'intensifier les émotions et les sentiments ?
Oui, bien sûr, car ce qui m'intéresse au premier chef dans la musique, c'est la distinction entre le bruit et le vacarme mélodique. J'adore faire du bruit avec ma guitare, cela me permet d'extérioriser une certaine forme de rage. Cela me fait penser aux expériences de privation sensorielle : par exemple si vous coupez une balle de ping-pong en deux et que vous posez les deux moitiés sur vos yeux, vous vous rendez compte au bout d'une 1/2h que vous avez des hallucinations. Tout ce que vous voyez, c'est la couleur blanche, mais sur ce blanc le cerveau construit ses propres visions... C'est aussi le principe du rêve. De même, si vous êtes dans le silence absolu, ou devant un mur de bruit, c'est votre mémoire auditive qui va créer des hallucinations. Pour le silence, en tout cas, c'est une vérité scientifique, on a fait l'expérience avec trois personnes différentes, qui ont entendu trois musiques bien distinctes.
Je m'intéresse beaucoup aux effets du son sur l'organisme, j'ai fait pas mal de recherches sur ce sujet à l'époque de The Mess We Made ; avec mon amie nous faisions des expériences sur les  basses fréquences et les fréquences ultra-basses, pour en voir les effets sur le psychisme ou sur l'organisme.

Vous semblez très influencé par les compositions d'Europe de l'est et les artistes tziganes. Est-ce pour vous un retour à nos racines européennes communes ?
Non, pas exactement. Disons que c'est le style de musique qui m'a réellement touché pour la première fois, et je m'intéresse d'abord aux émotions véhiculées par la musique, que ce soit l'envie de rire ou de danser... Un jour quand j'étais jeune, je suis entré dans une église, j'y ai entendu un chœur et je me suis demandé : « Pourquoi est-ce que je ressens de la tristesse ? » Je ne comprenais pas, et donc j'ai décidé de trouver une réponse à cette question. A vrai dire, on ne sait pas d'où vient la musique, ni pourquoi elle est aussi universelle. Si vous jouez un air triste à quelqu'un, quelle que soit son origine ou sa culture, il sera toujours perçu comme triste. C'est quelque chose de très profond, qui agit au niveau du subconscient et qui nous unit tous. On devrait justement se concentrer sur ce qui nous unit, et non ce qui nous divise. Si vous prenez la musique palestinienne et la musique israélienne, vous vous rendez compte qu'elles ont énormément de choses en commun, qu'elles sont incroyablement proches...  Et pourtant du point de vue politique, les deux pays sont si éloignés ! Je crois qu'au final la musique est une des seules productions humaines qui soit véritablement constructive et positive. De quoi parlait-on au juste ?

De nos racines européennes communes.
Oui, je préfère regarder en direction de l'Est, plutôt que de l'autre côté de l'Atlantique, parce que l'Amérique est jeune... C'est un peu comme un enfant de 12 ans, qui crie et qui hurle, sans s'exprimer vraiment. Je parle de façon générale, bien sûr, il y a aussi des artistes américains fantastiques. Mais bien souvent la culture américaine a tendance à prendre ce qui complexe, ce qui est beau, et à le simplifier. Par exemple le film de Wim Wenders, Les Ailes du désir, est pour moi l'un des plus beaux films jamais réalisés... Quand les Etats-Unis en ont fait le remake, ils y ont ôté tout ce qu'il avait de magique et de sublime, en le simplifiant à outrance. C'est la même chose pour le blues, qui était extraordinaire à ses origines. En l'espace de 25 ans, il est devenu lourd, totalement prévisible. En Europe au contraire, les cultures peuvent être totalement différentes d'un village à l'autre, et c'est quelque chose que nous cherchons à préserver. Nous essayons de conserver une culture vivante, loin du capitalisme occidental moderne. Aujourd'hui beaucoup de gens font de la musique pour devenir célèbres ou pour gagner de l'argent, mais à l'époque,  la musique folk traditionnelle servait à impressionner une femme ou à mettre des mots sur sa tristesse. De nos jours, la musique représente plus l'appartenance à un courant, c'est un peu comme un motif sur un T-shirt...

Propos recueillis par Emmanuel Abela / Traduction et retranscription : Christophe Demengeon
Photos : Julien Bourgeois.


En concert le dimanche 31 mai à 19h à l'église de Saint-Pierre-sur-l'Hâte (Sainte-Marie-aux-Mines), dans le cadre du festival C'est dans la Vallée (projection du film Pink de Alexander Voulgaris, pour lequel Matt Elliott a signé la bande originale).

Dernier album : Howling Songs, Ici, D’ailleurs / Differ-Ant

La flux-chronique du disque ici !

 

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