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John & Jehn, la pop en partage

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John et Jehn se sont rencontrés ici, mais se sont révélés là-bas, à Londres, une ville dans laquelle ils habitent et se produisent depuis plus de deux ans. De retour chez nous, ils apparaissent comme le couple musical du moment.


Un petit mot sur votre rencontre et sur le moment où vous vous décidez de vous consacrer à la musique ?
John : On s’est rencontrés en France il y a trois ans dans une fête. Au bout de six mois, constatant avec Camille [Jehn, ndlr] que nous avions des passions communes, la scène post-punk et des groupes comme Joy Division ou Gang of Four, nous avons décidé de faire de la musique ensemble. Aussitôt après, nous avons autoproduit un cinq titres autoproduit que nous avons envoyé à une vieille connaissance de Jehn qui vivait à Londres. Elle s’appelle Sally Gross et c’est notre manageuse aujourd’hui. Elle nous a tout de suite proposé de venir habiter à Londres en nous disant que nous y avions notre place musicalement parlant et que c’était là que les choses pouvaient se passer pour nous. Nous avons décidé de quitter la France, d’abandonner tout ce qu’on avait ici et de commencer l’aventure là-bas, il y a de cela deux ans et demi.

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Vous avez pris l’option de sortir cet album en deux parties, en deux EPs distincts un disque John, un disque Jehn. À l’écoute, on sent que le propos est commun finalement.

John : Exactement ! Mais c’était plus une histoire graphique. Nous avions très envie de faire un objet différent. C’est un clin d’œil : on a fait deux CD, ce qui nous permet d’avoir une pochette double, graphiquement intéressante, et qui met en avant nos deux individualités. C’est une chose à laquelle on tient beaucoup. Et en même temps musicalement, la cohérence existe, parce que dans la musique tout est lié pour nous, on forme un tout.

Parlons de cette pochette double. Qui l’a réalisée ?
John : Il s’appelle Aurélien Valable. C’est mon tatoueur, il travaille en France, mais c’est avant tout un ami d’enfance, l’un de mes plus chers. C’est quelqu’un d’extrêmement doué et qui gagne vraiment à être connu. Comme il n’a pas du tout envie de l’être, je suis obligé de le forcer ! C’est très facile de travailler avec lui – il respecte toutes nos idées, quoiqu’il arrive. Quand on lui formule une demande, il nous livre spontanément quelque chose de juste.

J’imagine que si aujourd’hui on lui demande un tatouage de John & Jehn, on a la possibilité de l’avoir aisément ?

John : Tu rigoles, mais c’est déjà arrivé ! Quelqu’un s’est fait tatouer la pochette !

On a vite fait de vous classer parmi les groupes post-punk, mais à l’écoute, on sent d’autres influences plus lointaines, Syd Barrett, Neil Young ou Tim Hardin, ce que confirme les compilations que tu proposes sur ton blog. On sent que l’approche reste pop, même si elle est anguleuse !
John : Oui, l’approche est totalement pop. Je suis quelqu’un qui fait de la musique depuis assez longtemps, depuis l’âge de douze ans – j’étais batteur – et au final, ça m’a permis d’avoir toutes sortes d’influences. J’ai notamment fait beaucoup d’électro. Aujourd’hui je suis beaucoup plus sélectif parce qu’il y a trop de groupes et qu’il faut faire son choix, mais cette compilation que j’avais placée sur le blog montre que je suis extrêmement éclectique.

Cette compilation s’intitule 60 Minutes from Melancoly. Elle correspond effectivement a un moment précis, mais cette mélancolie est quand même présente de manière sous-jacente dans vos compositions ?
John : Oui c’est vrai, on a cette espèce de tradition new-wave des années 80 où tout le monde dansait sur Enola Gay d’Orchestral Manœuvres in the Dark dans les boîtes alors que le morceau parlait de la bombe nucléaire et faisait une critique assez acide et limite des Etats-Unis. Tout le monde dansait sur Love will tear us apart de Joy Division alors que ça parlait d’une déchirure horrible d’un couple et je trouve ce décalage des gens qui s’éclatent sur quelque chose de très triste assez intéressant. C’est quelque chose qui me fascine et la new wave a été le maître genre dans ce domaine. C’est un mouvement dans lequel on se retrouve.

Tu évoquais à l’instant Love will tear us apart, j’ai lu qu’il y a une version française que vous allez proposer de ce morceau, c’est vrai ?
John : Tu es bien renseigné ! Effectivement, on la propose, mais c’est à destination des amis. En fait, notre premier EP s’appelait L’amour ne déchirera pas, un clin d’œil à Love will tear us apart en disant le contraire : Love will not tear us apart ! Ce clin d’œil à Joy Division a cependant été déclencheur, il m’a aidé à prendre conscience qu’il était possible d’écrire des chansons pop.

Alors justement j’aimerais te citer quelques noms, j’aurais pu en citer beaucoup mais j’en ai choisis trois ou quatre. Le premier nom que je te propose : on est à Manchester et il s’agit de The Fall
John : Oui, The Fall est ici un maître absolu et incontesté, un art de vivre…

D’un point de vue vocal, on entend Mark E. Smith sur le morceau Love Me et c’est drôle parce qu’après on poursuit l’écoute plus loin sur le EP et on découvre le morceau The Fall !
John : Le morceau The Fall n’est pas une allusion au groupe, mais il est clairement question de chute dans le texte du morceau proprement dit. Ceci dit, Mark E. Smith est effectivement pour moi un des maîtres … Au niveau musical, c’est un peu le Gainsbourg anglais.

Autre nom : Polyphonic Size ?

John : Je ne connais pas, désolé.

C’est un groupe belge dont l’un des morceaux phares s’intitule : Je t’ai toujours aimé interprété par Jean-Jacques Burnel, des Stranglers.
John : Non je ne connais pas ce morceau avec Jean-Jacques Burnel, c’est marrant.

On reste en Belgique avec Jacques Brel et ce n’est pas innocent !
John : Pour Jehn et pour moi, Brel est un grand… Quand on est arrivés à Londres, c’était très bien parce qu’on s’est mis à écouter beaucoup de musique française, ce qu’on ne faisait pas beaucoup avant. C’est paradoxal, une coïncidence un peu bizarre et Jacques Brel a été notre guide pour plein de choses : la scène, l’importance du texte et l’implication dans la musique. On est devenu tous les deux obsédés par Jacques Brel, c’est très bizarre que tu parles de lui parce que la manière dont il a suivi son rêve, la manière dont il a fait sa vie est très liée à ce qu’on essaye de faire dans notre propre vie, donc ça va plus loin que la musique par rapport à Jacques Brel. On a une sorte d’intimité avec ce bonhomme, c’est d’ailleurs quelqu’un qui fait passer l’intime dans ses chansons et qui avait une puissance scénique hors norme. Donc c’est un modèle, encore un autre !

Pour les derniers noms, je te laisse le choix : il s’agit de duos, il y a Lee Hazelwood avec Nancy Sinatra et le groupe pour lequel vous avez d’ailleurs ouvert un concert à Paris, les Kills.

John : Alors je vais parler des deux. Lee Hazelwood et Nancy Sinatra : on est en train de composer un nouveau morceau depuis le mois d’août et Lee Hazelwood a été l’une de nos grosses influences ce mois-ci. On l’a beaucoup écouté parce que c’est quelqu’un d’extrêmement éclectique, lui aussi, et il a un humour incroyable. Son influence a apporté une grande fraîcheur dans notre musique très récemment. Et les Kills sont des gens qu’on a rencontrés deux fois de suite, avec qui on a joué un peu. On a de très bons amis en commun mais on n’a pas vraiment de liens forts avec eux. Il y a aussi le fait qu’on nous ait comparé à eux un peu facilement, peut-être parce qu’on est cools et qu’on fait un rock parfois bluesy. Cela dit j’ai toujours aimé leur musique et toujours respecté le groupe au plus haut point. C’était un groupe très créatif il y a quatre cinq ans et aujourd’hui encore, bien que je trouve ça un peu moins bien qu’avant.

Personnellement je trouvais la référence un peu aisée et j’ai l’impression qu’on doit chercher un peu plus loin que les Kills, mais comme vous avez ouvert un concert pour eux à Paris.
John : Bien sûr. Oui c’est vrai qu’on a fait des concerts avec eux, ils sont très sympas et leur public a été très accueillant avec nous. J’avais toujours un peu peur de jouer avec les Kills parce qu’on ne savait pas si les gens, les fans et les groupies allaient nous prendre pour une espèce d’ersatz bizarre des Kills alors qu’effectivement, nous n’avons rien à voir. Et ça a été la meilleure façon de le prouver. Leurs fans sont venus nous parler à la fin des concerts et nous envisageaient comme un groupe totalement différent. Ce qui a bien prouvé qu’il y a eu du journalisme un petit peu fainéant sur le coup ! [rires]

Vous tournez pas mal j’ai l’impression. Parlons un peu des réactions du public et notamment des différences que vous pouvez rencontrer entre les publics français, anglais. Vous étiez même en Irlande. Comment ça se passe concrètement ?

John : Le public anglais a été assez génial quand on est arrivé à Londres, parce que les gens nous parlaient tout de suite de groupes comme Gang of Four ou the Fall après les concerts, ce qui arrive très rarement en France. Mais ça nous a aidés à mettre le pied à l’étrier par rapport au public et c’est très agréable. En France, les gens sont très enthousiastes. Les français prennent la chose de manière très fraîche. Je crois qu’il y a une espèce de renouveau du rock en ce moment en France. Je ne sais pas si c’est vrai mais les gens sont friands de rock, de groupes anglais ou de gens qui chantent en anglais donc l’accueil est bon. Je ne sais pas si c’était le cas il y a quatre ans. En Angleterre, ce qui est agréable c’est qu’ils ont la culture ; tout le monde connaît Mark E. Smith, Marc Bolan et bien d’autres, donc pour nous c’est super de jouer en Angleterre. La meilleure critique qu’on ait eu, on en a eu beaucoup mais celle là disait que les anglais reconnaissaient toute leur discographie dans un seul et même groupe en parlant de nous. Venant de la part d’anglais ça fait du bien !

Propos recueillis par Emmanuel Abela / Retranscription : Joanne Maul
Photos : Christophe Urbain

Ciné-concert : Le journal d'une fille perdue (muet, 1929) de G.W.Pabst, avec Louise Brooks, le vendredi 29 mai,
à 19h30, au Théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines dans le cadre du festival C'est dans la Vallée.
Concert le samedi 30 mai, à 20h30, au Théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines.

Album : John & Jehn, Faculty Music
La flux-chronique du disque ici !

Site internet : www.myspace.com/johnjehn
Blog : makeyourmumbeproud.blogspot.com/

 

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