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Late of the Pier, trublions en herbe

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Normal 0 21 false false false FR X-NONE X-NONE MicrosoftInternetExplorer4 Late of the Pier a fait une entrée fracassante sur la scène musicale britannique, qu'il inonde de sons électro-rocks décapants. Les quatres jeunes prodiges, dont la fraîcheur n'a d'égale que la fougue, conçoivent leur démarche artistique comme un apprentissage permanent.

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J'ai lu que vous vous connaissez depuis très longtemps [ils étaient ensemble à la maternelle, ndlr]. Quand avez-vous commencé à jouer ensemble ?
Sam Potter :
Vers l’âge de 16 ans. Sam composait déjà sur son ordinateur, et en formant Late of the Pier, nous avons voulu sortir du virtuel pour faire quelque chose de concret et tangible, que les gens pourraient voir, sortir de l'écran en quelque sorte.
Ross Dawson :
Et on séchait les cours pour répéter...
Andrew Faley :
Je pense qu'on séchait juste les cours pour sécher les cours, à dire vrai ! Nous passions tout notre temps chez Potter à taper sur des trucs, faire des expériences, ça sonnait bien, ça nous plaisait.

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Cet aspect ludique et cette complicité jouent toujours un rôle dans votre créativité aujourd'hui ?
Tous :
Oui absolument !
Sam Potter :
Nous essayons toujours de faire les choses pour le plaisir, sans penser à autre chose, et sans en attendre une reconnaissance particulière.
Ross :
L'enjeu ce n'est même pas l'écriture, mais de jouer de la musique en fait...
Sam Potter :
Oui, jouer avec les sons, créer... Notre démarche reste ingénue, liée à l'enfance, on découvre encore beaucoup de choses, on explore tout ce qui est autour de nous.

Andrew Faley :
Avec naïveté, même je pense. Naïveté au sens où nous avons conscience de rester neufs en matière de musique, nous ne prétendons pas tout savoir et nous sommes en perpétuel apprentissage. Naïveté également car nous abordons ce qui nous arrive avec candeur. Nous n'avons jamais tiré de plans sur la comète, ou même eu l'intention de “monter un groupe” parce que c'était cool. C'est vraiment un aspect fondamental du groupe. Je me demande maintenant si naïveté est le terme exact...

Fraîcheur peut-être...
Andrew Faley : Oui, exactement, nous sommes toujours dans l'enthousiasme de la découverte. Nous gardons cet enthousiasme devant la nouveauté. Oh mon dieu, je sens que je raconte n'importe quoi...
Sam Potter :
Tu as vraiment un discours d'adolescent ! [rires]

Cette énergie, cette fraîcheur sont-elles dues, d'une certaine manière, au fait que vous avez grandi dans un village ?

Ross Dawson : Absolument. Il n'y avait pas grand chose à faire chez nous, à part se faire beau pour sortir, et rencontrer ses amis !
Andrew Faley : Oui je pense que cette vitalité, et cette énergie, nous la mettons aussi bien sur scène qu'en studio. Elle vient aussi de notre jeunesse. Nous ne nous prenons pas trop au sérieux, ce qui nous motive, ça reste le plaisir.
Ross Dawson : Il y a assez de groupes sérieux comme ça en Angleterre !
Andrew Faley : On ne peut plus les voir en peinture, ces groupes avec leur musiciens statiques, qui sont juste posés là et qui jouent [il mime]. C'est tellement barbant. Je préfère encore écouter un CD que de voir des trucs pareils. Nous, ce que nous aimons, c'est envoyer de l'énergie au public, et le public nous le rend bien en général. C'est ça le live pour nous.
Sam Potter : Nous n'avons pas créé le groupe pour montrer au monde qu'on était cool, ou pour se taper des nanas [ils gloussent tous] et prendre des cuites. Nous sommes tous les quatre des petits gars bien tranquilles, plutôt réservés en fait, et sur scène, on se lâche. On a 45 minutes pour s'abandonner, projeter nos fantasmes et les transmettre au public. C'est une véritable catharsis. On laisse sortir le flux d'énergie qui est en nous.

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Vous dites vous-mêmes que vous êtes de grands fans des Beatles, de Led Zeppelin et de
Magazine, est-ce que vous ressentez l'influence de ces groupes ?
Sam Potter : Quand on regarde chacun de nos titres, ils sont tellement différent les uns des autres, prenez Heartbeat et The Bears Are Coming par exemple. Nous les avons composés dans des états d'esprit complètement différents, et on peut ressentir des influences complètement distinctes si on les écoute séparément. C'est toujours un peu difficile pour nous de répondre à cette question. Nos influences sont vraiment multiples. De plus, nous avons maintenant accès à beaucoup plus de sons que précédemment.
Andrew Faley : Ce que nous recherchons, c'est la nouveauté, la découverte, l'expérimentation. C'est ça qui nous fait courir. A chaque nouvelle chanson, nous faisons table rase de tout ce que nous avons fait avant, et nous essayons de faire abstraction de nos influences, bien qu'il y ait certainement un fil conducteur dans toutes nos compositions. Ce fil conducteur, cette filiation, ce serait plutôt avec les Beatles, que nous la ressentirions si on devait détacher un groupe en particulier. Pas au sens littéral, bien sûr, mais plutôt pour leur état d'esprit, leur manière d'envisager le monde autour d'eux, leurs idéaux, leur manière d'expérimenter bien plus encore que par leur musique en elle-même. Les Beatles avaient le don incroyable de rendre la pop subversive. C'est une source d'inspiration extraordinaire pour nous. Chacun de leur titre était mémorable et surprenant, prenait le public de cours. En cela, les Beatles nous inspirent vraiment.

A l'écoute de votre album, on a le sentiment que même si votre approche est pop, mélodique, vous malmenez des mélodies que vous déconstruisez, comme si vous vouliez les pousser jusqu'à leur limite. Est-ce pour les révéler ?
Sam Potter :
C'est une question très intéressante ! En fait, le principe est un peu celui des montagnes russes... Quand nous composons un titre, nous créons des fragments différents, des gimmicks accrocheurs, des éclats de pop, et après c'est un défi de tout faire fonctionner ensemble pour construire la chanson. Tout ça se rapproche de la construction d'une histoire. Il faut créer un équilibre entre les moments de tension et des plages où cette tension retombe. Cet album, on le mûrit depuis 4 ans, avec nos expérimentations, les titres nous ont accompagnés pendant tout ce temps, avec ces aspects pop, ces aspects abstraits, presque de l'ordre du non-sens.
Ross Dawson :
Notre but, c'est que le contenu de notre musique soit le plus dense possible. C'est un travail énorme, mais c'est toujours un plaisir d'écouter un album pour la 100ème fois et d'y découvrir un son qu'on n'avait jamais entendu jusque là.
Sam Potter :
C'est aussi une manière d'attirer l'attention, de dire « arrêtez-tout ce que vous faites et écoutez-nous maintenant ! », de fuir les constructions évidentes.
Andrew Faley :
C'est vrai qu'on pousse nos mélodies. En fait, nous les aimons et nous pensons qu'elles méritent ce traitement, c'est ça notre idée, plus que l'aspect de mettre le public à l'épreuve. Tous nos titres comportent de nombreuses mélodies. Chaque instrument a sa mélodie propre. On ne retrouve pas trop de parties normées où la guitare joue la mélodie principale et la batterie ne fait qu'accompagner par exemple. Dans une chanson comme Broken, la basse a sa propre mélodie, la guitare en a une autre, la batterie a la sienne aussi. C'est assez anglais en fait, toutes ces mélodies.
Ross Dawson :
C'est d'ailleurs une critique qu'on nous fait souvent, on nous répète « vous allez trop loin ! Vous poussez trop les choses. » [protestations unanimes de la flux4 team]

On trouve aujourd'hui en Angleterre une génération de groupes particulièrement intéressante, parmi laquelle les Klaxons, Hot Chip, Metronomy, des artistes influencés par le son des années 80, avec une grande culture musicale.
Ross Dawson : Le mouvement est très intéressant...
Andrew Faley : Nous nous sentons vraiment très proches de ces groupes, tout particulièrement de Metronomy, avec qui nous sommes très bons amis dans la vie. Nous sommes nés au cœur de l'explosion du succès de ces groupes, qui a commencé il y a 4 ou 5 ans.
Ross Dawson : C'est aussi une réaction à une production musicale particulièrement rasante.
Sam Potter : Oui, nous sommes nés d'une réaction violente aux pseudo-groupes de rock complètement inintéressants qui copient tous les Libertines...
Andrew Faley : Les années 80 avaient le punk, Margareth Thatcher, il y avait de quoi se rebeller. Depuis les années 90 en Angleterre, c'est beaucoup moins facile de trouver une cause de rébellion. La vie est plus simple, les gens sont globalement satisfaits. Ça a entraîné une sorte de paresse et d'auto-satisfaction chez les artistes. Notre génération réagit à la vacuité de tout cela, à cette forme de mondanité artistique. Nous revenons tous à un son très années 80, avec une forte composante électronique, des synthés. L'idée n'est pas d'arrêter la guitare, mais de mélanger les styles, de reprendre le flambeau en quelque sorte. Je suis sûr que les Klaxons et Metronomy écoutent beaucoup Depeche Mode, New Order, Roxy Music, des groupes vraiment créatifs...

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Parlons du titre Whitesnake sur l’album, est-ce une forme de private joke, une allusion déguisée au groupe de heavy metal ?

Andrew Faley : Ça pourrait ! [rires] On connaît le groupe de nom, bien qu'on n'ait jamais écouté leur musique. En fait le titre fait ici allusion à la vieille bagnole blanche de Potter, qu'on conduisait tous, et qu'on avait baptisée “White Snake”, parce qu'elle se faufilait partout comme un sale serpent blanc ! Un jour quelqu'un nous a dit : « Vous savez qu'il y a un groupe de heavy qui s'appelle comme ça aussi ? » Ça nous a amusés, même si nous ne connaissions pas le groupe. Et le titre est resté.

Vous êtes au portes d'une célébrité qui s'annonce mondiale, ça vous effraie ?
Sam Potter :
On n'arrive pas à prendre la véritable mesure de tout ça. Déjà, se produire à Londres pour la première fois, c'était un accomplissement pour nous qui venions d'un petit village. On se disait : « On a réussi ! » Et puis nous avons connu des moments comme la tournée au Japon l'été dernier, où nous avons parfois joué devant 10 000 personnes. C'était une autre sorte de moment à savourer. Une carrière dans la musique, c'est assez spécial, ça peut se faire et se défaire rapidement, et nous sentons une certaine forme de pression, on attend de nous que nous fassions toujours mieux, que nous soyons sur une pente toujours ascendante. Ça peut être effrayant pour beaucoup de groupes, le succès d'un premier album, la gloire subite...
Andrew Faley :
En Angleterre, on a la sale habitude de porter aux nues les groupes très rapidement, et de proclamer régulièrement que tel groupe est le futur succès planétaire.

Ne vous inquiétez pas, je pense personnellement que vous n’êtes pas the next big thing, comme on a l’habitude ces groupes qui sont mis en avant par la presse britannique. Je pense sincèrement que vous allez devenir de grandes stars...
Ross Dawson :
On essaie d'aller doucement, mais crescendo...
Sam Potter :
C'est exactement ça, nice and steady...
Andrew Faley :
C'est pour ça que nous avons a pris notre temps au moment de signer avec un label, car nous voulions pouvoir garder l'opportunité de grandir et de se développer. C'est vrai que nous sommes jeunes, mais nous gardons les pieds sur terre et nous savons ce que nous faisons musicalement, même si nous avons encore beaucoup à apprendre, et je pense que cette phase d'apprentissage va encore durer pendant les 20 à 30 prochaines années. Au milieu de l'industrie de la musique, nous nous sentons encore comme des mômes, et nous voulons rester comme ça, faire de la musique parce que ça nous plaît. Et là, dans cette grosse machine, on se trouve face à des gens qui tout à coup vous expliquent qui vous êtes et ce que vous allez devenir, alors que nous-mêmes nous n'en avons aucune idée... C'est surtout la presse anglaise en fait.

Il y a quelque chose de fascinant dans votre son qui peut provoquer une forme d’adhésion. De plus, les hits ne manquent pas sur l’album…
Andrew Faley :
On est heureux de ça, nous voulons juste donner du plaisir aux gens. L'un des messages de notre album, c'est de stimuler l'imagination. L'imagination est une notion un peu en perte de vitesse en Angleterre ces derniers temps. C'est à l'imagination des gens que nous nous adressons...
Sam Potter :
Et nous caressons également l'ambition, aussi énorme que ridicule, de recréer une espèce de “Summer of Love” au cours duquel les gens pourraient oublier la faillite des institutions financières, faire de la musique et se dédier à l'Art sous toutes ses formes...
Andrew Faley :
Sans ambition on n'arrive à rien. Nous sommes tous ambitieux à notre manière, parce que nous avons des objectifs. Nous savons qui nous sommes, et nous savons que nous sommes en pleine évolution, nous voulons continuer comme ça.

Une question mode maintenant, vous avez dit que vous étiez fan du style de Ginger Spice [Geri Halliwell, la Spice Girl rousse, ndlr]...
[hilarité partagée]

Cela vous inspire-t-il quelques conseils fashion à donner au public Strasbourgeois pour cet hiver ?
Andrew Faley : Le cardigan qui s'arrête à la taille ! Ça revient en force ! [On le voit, il en porte un]
Sam Potter : C'est absurde, c'est encore une lubie de Faley !
Andrew Faley : Pour dire la vérité, nous ne sommes pas du tout branchés mode...
Sam Potter : Ce qui rend notre look singulier, si on peut quand même le raconter, c'est qu'on a tous pillé les tiroirs de nos grand-mères pour y piquer des trucs, et je ne sais pas où ça va nous mener en matière de style...
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Andrew Faley : Pour la scène, des gens comme Roxy Music ou Bowie devenaient, par leurs costumes, des créatures surhumaines. Ou Devo par exemple. Leurs tenues étaient tout simplement incroyables ! Pas possibles ! Cet aspect visuel donne une présence supplémentaire sur scène, même si pour ma part je préfère me concentrer sur la musique.
Sam Potter :
[en feuilletant Zut!, visiblement inspiré] Tu peux soigner les deux ! Ça ne nuit pas…
Andrew Faley :
Bon mais on s'y intéresse quand même un peu, et sur scène, ça fonctionne...
Sam Potter :
Maintenant on peut passer à l'étape supérieure: les paillettes !
Andrew Faley :
Plus de paillettes, plus de trucs brillants !
Sam Potter :
C'est ce qu'il nous faut.
Andrew Faley :
Des tenues de scènes incrustées de vrais diamants !

Puisqu'on parle esthétique, j'aimerais évoquer vos clips vidéos. Ils ont tous des styles très différents, est-ce une volonté de votre part ? Êtes-vous très impliqués dans leur réalisation ?
Andrew Faley :
Pas autant qu'on le souhaiterait, surtout Potter qui est très branché média et vidéo...
Sam Potter :
Oui, j'ai plein d'idées pour notre deuxième album, je voudrais une série de clips qui constitueraient à eux tous une histoire avec une bande son, et plus des petits fragments sans connexion les uns avec les autres. Je voudrais qu'on puisse les mettre bout à bout comme un film de 45 minutes avec une bande son, pour avoir une vision globale de l'album. Passer de notre musique à des clips n'a pas été simple pour nous. Au moment de la composition de chaque chanson, nous avons nos propres images en tête, et c'est cette imagerie qui donne naissance au titre, comme si on déroulait un paysage intérieur en y apposant des sons. Alors ce n'est pas facile de faire avec la vision et les images d'un metteur en scène pour les clips, on sent parfois un peu coincé.
Andrew Faley :
Le clip dont nous avons le plus maîtrisé la réalisation, c'est celui de Focker, alors je ne sais toujours pas si la vidéo est bonne ou pas, mais là, on a vraiment pris notre pied. On se serait éclatés aussi sur Bears are Coming si on avait pu dormir une heure ou deux et s'il n'avait pas fait un froid de canard dans cette satanée forêt ! Bon mais on ne va pas se plaindre, c'est un exercice amusant, même si au final nous ne sommes pas contents de toutes nos vidéos. Le plus dur c'est de trouver un point d'entente car vous avez une idée, les autres membres du groupe on les leurs, le metteur en scène aussi, ensuite c'est le label qui s'y met et dans tout ça il ne faut pas oublier qu'on se livre à tout ça pour être vu par un public, qui attend quelque chose lui aussi. Alors c'est vrai, pour le prochain disque, nous allons prendre les choses en main, et nous sommes tous d'accord sur le fait que nous n'apparaîtrions plus jamais comme 4 gugusses qui se trémoussent pour les besoins d'un clip !
Sam Potter :
Le problème avec notre maison de disque, c'est qu'elle partage un certain culte de la renommée avec la presse anglaise, alors ils tiennent absolument à ce qu'on voie nos visages, et nous, ce que nous voulons montrer, c'est une bonne vidéo, et pas seulement nos tronches, ça n'a pas d'intérêt. Nous la gloire, on s'en tape, nous voulons produire de l'Art. Nous sommes des artistes, et nous voulons produire des œuvres intéressantes, qui captivent le public. D'ailleurs vous pouvez couper nos visages de la vidéo [sourire cabotin].

Propos recueillis par Audrey Canalès, Emmanuel Abela et Christophe Demengeon
Photographies d’Olivier Legras

Dernier album : Fantasy Black Channel
Lire la flux-chronique ici

Site officiel de Late of the Pier : www.lateofthepier.com



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