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Wax Tailor, le metteur en sons

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En deux albums, Wax Tailor a réussi à s’imposer comme l’un des producteurs les plus en vue dans l’hexagone. Son propos vient du hip hop, mais sa production lorgne volontiers du côté de la soul voire du jazz, avec cette manière unique d’injecter des échantillons sonores qui participent à la construction de sublimes environnements narratifs. Par ses morceaux, ce metteur en sons nous raconte des histoires. À l’image des cinéastes classiques, il sait s'entourer de femmes comme Sharon Jones ou Ursula Rucker qui apportent la touche glamour à son concept. 

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Découvrez Wax Tailor!

Dans ton premier album, l'approche des compositions est quasiment cinématographique. Chacune d'elles raconte une histoire de manière très visuelle avec un environnement sonore très riche. D'où te vient cette façon d'aborder la composition ?
Il y a souvent un lien qui est fait par rapport au cinéma, beaucoup de gens établissent la filiation. Et c'est souvent à travers le travail autour du dialogue, des extraits, de la reconstruction. Personnellement, je pense que ce n'est pas le seul point d'accroche ; il y a évidemment une filiation avec la musique de films dans le travail d'arrangement, mais il y a aussi, je pense, une certaine façon de construire un album, de le scénariser, de se positionner un peu en tant que metteur en son... Pour moi, c'est quelque chose d'important, et j'ai toujours considéré les choses sous cet angle-là, c'est-à-dire l'envie de créer quelque chose d'un peu « global »... Pas forcément juste un titre, mais se mettre en posture pour qu'un auditeur puisse avoir envie d'écouter l'ensemble, tout simplement...

Avec tes morceaux, tu as envie aussi de raconter une histoire...

Oui, c'est ça... Après, ce n'est pas non plus hyper conceptualisé. Je dirais qu'il y a une porte d'entrée, et qu'ensuite chacun se fait sa propre histoire. Il y a un fil conducteur, c'est surtout ça. C'est ce à quoi je suis le plus attaché, l'idée d'un fil conducteur... D'une série de petites histoires justement, mais avec un liant.

L'idée de ces dialogues que tu places, est-ce venu spontanément ?
En fait, c'est venu graduellement. Pendant une bonne dizaine d'années, j'ai fait des projets annexes à côté, où l'utilisation de dialogues – on parle souvent de cinéma, mais ce sont aussi des contes pour enfants, des échantillons de vieux vinyles, des speechs d'entreprise, enfin vraiment tout ce qui me tombe sous la main, du 100 % recyclable – était toujours présente, mais un peu en filigrane, en deuxième plan. J'avais un projet rap français, un projet breakbeat, un projet de ceci, de cela, mais un moment donné, j'ai senti un ras-le-bol de tout ça, c'est-à-dire que l’envie de me lancer dans un projet qui me ressemble véritablement s’est imposée. À partir du moment où j'ai commencé à réfléchir au projet Wax Tailor sous cet angle-là, je me suis dit qu'il fallait vraiment que je trouve une sorte de dénominateur commun, quelque chose qui fasse la liaison entre tous les univers. Puis, je me suis rendu compte, avec un peu de recul, que le dénominateur commun, c'était ça : l'utilisation de ces petits bouts de phrases, ces petites choses, cette envie de construire. Je l'ai évidemment accentuée, j'ai essayé d'axer un peu autour de ça.

Est-ce éventuellement lié à la présence du vidéaste sur scène ? Par rapport à l'album, est-ce que c'est une manière de construire une histoire, un fil conducteur sur scène, les images ?
En fait, le point de départ de la formation scénique – parce que, pour moi, ce sont deux temps assez complémentaires et différents en même temps – s’est fait sans vidéos, sans images. J'étais assez réticent, parce je pensais que justement, la force de la musique, c’est sa capacité d'évocation, et que quelque part, d’imposer la vidéo c'était restreindre le champ des possibles pour l'auditeur. Ca m'embêtait un petit peu. Je suis parti sous cet angle-là, et puis assez rapidement, on a réussi à construire quelque chose en se disant tout simplement que c'était une forme de scénographie ; ce n'était pas autre chose, ce n'était pas forcer la lecture de quelqu'un, c'était dire « pendant une heure et demi, on vous emmène dans un spectacle, on essaye de vous faire rentrer par une porte dans un univers ». C'est un peu comme ça que les choses ont été construites et ont évolué au fil du temps. Dans un premier temps, on a travaillé sur de la vidéo, il y avait un travail de création de petits films autour de chaque titre, ce qui est encore le cas aujourd'hui sur certains titres. Et puis, il y a eu un deuxième temps : depuis la rentrée dernière, on travaille avec Nils Incandela qui lui est beaucoup plus dans une dimension de scénographie, de mise en scène, de travail de tableau sur chaque titre. En fait, là où il y a un travail figé, d'image fixe ; il travaille à la palette graphique, et la vidéo intervient dans cet ensemble. Ça prend une nouvelle dimension, en fait.

Je reviens au travail d'échantillonnage – tu affirmais que tu n'utilisais quasiment que du sampling dans la perspective d'obtenir un grain particulier, je suppose que c'est par rapport au vinyle. Est-ce que tu peux nous en dire plus par rapport à cette méthode particulière de composition ?
Je pense que, là encore, c'est quelque chose que je peux à peu près intellectualiser aujourd'hui, et qui était beaucoup plus spontané au moment où j'ai commencé. J'ai commencé à faire de la musique il y a une bonne quinzaine d'années, je suis rentré par la porte du hip-hop et du rap en particulier, à une époque où c'était quelque chose d'assez instinctif et logique. Le rap, c'était lié à cette culture, c'était lié à cette façon de procéder, donc je suis allé directement vers ce travail de sampling, au début beaucoup plus axé sur un ré-échantillonnage de boucles, d'éléments plus complets, etc... Et puis, au fil du temps, on se rend compte que c'est toute une technique, que ça  permet d'obtenir quelque chose au niveau du son, et qu'il y a une autre façon de l'appréhender en extrayant des notes par exemple, ou des sons qu’on recompose. En cela, je dirais que ce qui me différencie de ce qui se fait couramment, c'est plutôt d'axer la production sur la pré-production plutôt que sur la post-production. Beaucoup de groupes sont en mode « post-production », ils arrivent avec des instruments acoustiques et ils disent, après, « on va faire un son ». Moi, je suis beaucoup plus dans la logique de chercher les sons et de composer une musique à partir du moment où j'ai les sons. Aujourd'hui, ce n'est plus à 100 % vrai, dans la mesure où j'ai fait intervenir aussi des éléments acoustiques... Maintenant, je suis en pré-production et post-production, et j'essaye de trouver un équilibre. Mais malgré tout, le sampling reste au coeur du processus. C'est le noyau dur, vraiment.

Tu sembles être à l'écoute de plein de choses, il y a de la soul, du jazz, du funk... De temps en temps, il y a même des accents un peu pop. Mais la base de ta culture reste fondamentalement hip-hop, aujourd'hui...
Oui... Enfin, je ne cherche pas à éluder le truc... Disons que le hip-hop, dans ce que j'écoute aujourd'hui, dans les nouveautés, n’est plus prédominant, ça c'est sûr. Ce qui ne signifie pas que le hip-hop ne reste pas pour autant au coeur de tout... Mais c'est aussi l'histoire d'une rencontre, si j'étais né quinze avant, ça aurait peut-être été le punk, je n'en sais rien... Il y a sûrement ça aussi, c'est qu'on a une réaction par rapport à une culture parce qu'on arrive à l'âge où on est adolescent ; moi, je me suis construit un peu autour de ça... Aujourd'hui, je dirais que tout ce que j'écoute sert à nourrir ce que je fais. Donc, quelque part, ce n'est ni plus ni moins qu'essayer de réalimenter une culture par l'extérieur, tout simplement...

Généralement, on te classe dans l'abstract hip-hop, j'ai l'impression que c'est un peu réducteur...
Oui, c'est réducteur... Mais je trouve que ça ne répond pas complètement à la question. Ça aide les gens à avoir une lecture, c'est normal, donc ça ne me choque pas. Pourquoi le côté abstract hip-hop ? Sans doute parce qu'à un moment donné, on a voulu créer une classification qui permettent de situer des producteurs qui faisaient de la musique, et je crois qu'il y a quelque chose, par rapport à cette appellation, un dénominateur commun. Après, il est vrai que sur certains titres on part sur autre chose.

On évoquait le hip hop, mais l’une de tes influences reste aussi le trip hop, un genre musical qui est en train d'évoluer de manière assez surprenante... Je ne sais pas quelle écoute tu portes sur Portishead aujourd’hui ?
C'est marrant... Juste avant, on évoquait la question de l'abstract hip-hop ; souvent les gens me demandent si j'ai été influencé par DJ Shadow ou des gens comme ça, alors que pas du tout – j'ai beaucoup de respect pour leur travail, mais ça n'a jamais été une influence, parce que j'étais beaucoup plus dans un hip-hop orthodoxe, à la base... C'est beaucoup plus les gens de la old school qui m'ont influencé, je dirais... Par contre, Portishead, oui, ç'a été une rencontre dans mon parcours de musicien au sens où j'étais dans ce hip-hop stricto-orthodoxe et où, d'un coup, je vois ce truc qui arrive, en 1994... Ça m'a beaucoup fait réagir, c'est évident. Je pense qu'ils ont vraiment laissé deux albums qui resteront dans l'histoire de la musique actuelle et, pour ce qui est du troisième, je n'ai pas un recul débordant, mais je pense qu'on peut d'ores et déjà dire qu’il n’y restera pas forcément. [sic !] Ce n'est pas une petite raillerie méchante, j'ai beaucoup de respect pour les musiciens, Adrian Utley est un grand guitariste, c'est tous des supers bons... Je pense qu'ils vivent avec une pression qui est complètement différente, exacerbée, par rapport à ce que nous pouvons vivre... On me demandait si j'avais une pression sur un premier, deuxième album ; je reste une toute petite chose, un trublion électron libre, alors que pour eux la pression est énorme, d’autant plus qu’ils ont été à l'origine de toute la genèse d'un large mouvement... Depuis, il s'est passé énormément de choses, et c'est difficile de surprendre de la même façon. On ne peut pas retrouver ce qu'on a trouvé, il y a quinze ans de la même façon aujourd'hui, ça semble impossible...

Tu évoquais le punk tout à l'heure, et justement on a l'impression que Portishead revient à des sonorités post-punk...
Oui, bien sûr... Bon, moi, j’ai écouté l'album, deux ou trois rapidement... Mais je les trouve moins convaincants dans cet exercice-là. Après, on sent encore quelque chose, une fibre, qui leur est vraiment propre. En termes d'écriture, il y a quelque chose de tellement magique sur les deux premiers albums que c'est difficile de faire mieux...

On sent qu'il y a une vraie identité Wax Tailor et que c'est reconnu comme tel. On ne peut peut-être pas parler de succès, mais déjà de reconnaissance véritable. Tu t'inscris dans le paysage français. Comment vis-tu cela ?
C'est forcément plus facile à vivre qu'un échec cuisant ! (rires) Ça se passe bien et surtout, ce qui est important pour moi, c'est la façon dont les choses se sont construites. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, certaines personnes perçoivent la chose comme si ça allait très vite et moi, j'ai un sentiment complètement différent dans le sens où ça fait plus de quinze ans que je fais de la musique. J'ai fait beaucoup de choses avant, ça n’est pas arrivé par hasard non plus... Je fais partie des gens qui ont mis beaucoup, beaucoup de temps à trouver leur identité et puis, il n'y a pas une somme de paramètres à prendre en compte... C'est aussi parce que ce n'était pas assez en place, je n'avais pas trouvé de « formule » par rapport à ça. Après ça, il y a eu un gros travail et surtout, sur les quatre dernières années, les choses sont venues très naturellement. C'est venu de façon très continuelle, il y a eu un vrai bouche-à-oreille, il s'est passé plein de choses, et je pense qu'on a réussi à construire quelque chose. Après, encore une fois, on aime ou on aime pas... On ne fera pas l'économie de quelques critiques, mais objectivement, je trouve que ça s'est construit de manière très claire et droite par rapport à la scène, par rapport à tout, et je trouve ça plutôt sain.

Ce qui est amusant, c'est qu'on te découvre aussi français...
Oui, ça par contre, c'est une récurrence... Continuellement, les gens découvrent que je suis français... Bon, voilà. (rires)

Tu sais t'entourer de femmes, il y a des talents sur ton album... J'aimerais avoir un mot sur la présence de Sharon Jones !
C'est vrai qu'on m'interpelle pas mal sur cette question de l’« omniprésence féminine »... Et ce n'était pas un axe voulu, mais c'est une évidence qu'il y a aussi, par rapport aux voix féminines, une vraie réponse par rapport à ce que j'ai envie de développer au niveau musical. Donc il y a un moment donné où c'est une envie qui apparaît. Il y a eu cette volonté de construire le disque sur des idées précises, et d’inviter des chanteuses parce qu’il me semblait évident que j’avais une idée pour elles. Sharon Jones, ça a été exactement ça. J'ai commencé à travailler sur un titre qui était plutôt sur une base hip-hop, à la base, et que j'ai commencé à ouvrir un peu vers de la soul... J'avais aussi cette envie, sur cet album, d'aller vers plus de soul... À un moment donné, ça m'a semblé intéressant de lui en parler. Le plus compliqué, ça a été d'ouvrir la porte du management – les grosses artilleries américaines... Et puis, une fois le cadenas déverrouillé, ça a été assez simple : c'est quelqu'un d'assez ouvert. Ce qui est intéressant, c'est qu'elle m'a demandé de lui écrire la mélodie vocale ; je ne m'attendais pas du tout à ça. Je me rappelle avoir dit « Mais bien sûr, aucun problème ! » et avoir raccroché en me disant « pff, alors là... ». C'est intéressant parce qu'on n’appréhende pas du tout les choses de la même façon devant un clavier en se disant « je vais faire une mélodie » ou « ça va être la voix de Sharon Jones »... Donc les choses se sont faites un peu comme ça, il y a eu pas mal d'échanges... De même pour Ursula Rucker – il y a eu une première version, j'ai pensé tout de suite à elle, je lui ai envoyé, elle m'a répondu, et on a beaucoup travaillé à distance. Et à la limite, c'était aussi un truc très intéressant pour moi ; pendant longtemps, j'ai pensé que c'était assez inconcevable de pouvoir travailler à distance, sans avoir à rencontrer directement les personnes, et aujourd'hui, je suis un peu revenu de ça, pour avoir eu des expériences contradictoires de gens rencontrés en studio avec qui il ne s'était rien passé derrière, et puis, le contraire. Des gens avec qui j'ai fait les choses à distance et que j'ai rencontrés après, ou même des gens que je connais mais avec qui je continue de travailler à distance, parce que cela permet de faire évoluer les choses et d'aller beaucoup plus loin, tout simplement.

C'est plus qu'une simple contribution à l'album, il y a un véritable échange...

Oui, il y a un échange. Mais ça, pour moi, c'était un impératif... Entre le premier et le deuxième album, il y avait pas mal de sollicitations, de choses possibles, en fait. A partir du moment où on commence à avoir un album qui marche un petit peu, il y a moyen de créer des connexions avec telle ou telle personne et je me suis fixé des limites par rapport à ça, parce que j'ai la sensation – c'est un sentiment personnel – qu’aujourd'hui, les gens ont plus besoin d'adhérer à quelque chose que d'acheter un disque. Ça ne veut plus dire grand chose, aujourd'hui, acheter un disque. On peut l'avoir n'importe comment... Ce qui importe c’est qu’ils se retrouvent là-dedans. Dans quoi ? Dans un concept, dans une façon d'appréhender les choses, dans un regard sur une démarche artistique...

On parlait d'identité tout à l'heure... L’appellation Wax Tailor pourrait-elle se rapprocher de quelque chose de l'ordre du concept, de la marque de fabrique ?
Je n'irai pas jusque là. Mais ce qui est important dans l'approche de ce projet, pour moi, c'est avoir une attitude et surtout une démarche par rapport au projet global. C'est-à-dire ne pas se dédouaner de certaines choses, c'est-à-dire être omniprésent sur tous les aspects de production – c'est pour cela que je suis encore aujourd'hui producteur de ce disque, je ne veux pas avoir quelqu'un dans mon dos pour m'expliquer quel titre choisir ou ne pas choisir, je veux pouvoir vraiment garder le final cut sur tout – et puis aussi avoir cette dimension, continuer d'être tête pensante d'un projet studio, tout en ayant beaucoup de ramifications et de gens qui gravitent autour de ce projet, qui injectent leur talent dans ce projet, en espérant que Wax Tailor leur permette d'avoir un peu de lumière sur eux... Il y a un véritable échange autour de ça, il y a pas mal de gens maintenant avec qui je collabore et qui, pour moi, apportent beaucoup à ce projet.

Par ailleurs, tu es Label Manager de Lab'oratoire, il y a des gens qui participent à ton enregistrement. Wax Tailor est un peu la vitrine du label...

Oui, complètement... Il faut que ça puisse fonctionner dans les deux sens, c'est-à-dire, que ça ne soit pas juste apporter quelque chose, mais qu'à un moment donné, il y ait un juste retour, ça me semble logique.

Deux personnes que l'on n'a pas évoquées, c'est Charlotte (Savary) et Marina (Quaisse)... La voix de Charlotte identifie le son Wax Tailor, c'est très bien, et en même temps, c'est un peu dangereux parce qu'on se pose la question de savoir si Wax Tailor existe sans Charlotte, à terme ?
Je pense objectivement que mon travail avec Charlotte, c'est une vraie réponse vocale à une partie des choses que j'ai envie de développer, donc c'est une chance, et j'espère qu'on pourra continuer à collaborer, d'ailleurs je vois pas trop de raisons. Après – on revient peut-être à la question de tout à l'heure, trip hop, abstract et caetera, c'est une réponse, une partie du travail. Est-ce que Wax Tailor existe sans Charlotte ? Il y a beaucoup de choses, déjà, il y a douze titres sur un album, il y en a neuf sans elle, donc... (rires) Quelque part, la réponse, elle est induite... En même temps, pour moi, c'est quelque chose d'important, c'est une relation privilégiée que j'ai avec elle au niveau artistique... Je sais que, par exemple, Sharon Jones, j'ai fait un titre avec elle, il est loin d'être dit que je refasse un jour un titre avec elle, ce n'est même pas forcément une envie, je ne sais pas, on verra... Charlotte, c'est bien différent. On a déjà commencé à maquetter des titres et ça me semble évident qu'on continuera à travailler ensemble.

En tout cas, c'est perçu comme tel par le public...
Bien sûr, elle a un vrai talent vocal, elle a une personnalité... On revient à ce qu'on disait tout à l'heure, je pense qu'il y a un retour des choses, parce que ça lui sert pour d'autres projets, aussi, c'est un peu une vitrine pour la suite. Mais elle apporte énormément aussi, donc c'est formidable !

Un mot sur Marina, la violoncelliste qu'on entend sur Positively Inclined ?
Marina est aussi à la genèse du projet. Quand j'ai commencé à travailler sur ce projet Wax Tailor, j'ai rencontré Marina, en 2001 – j'étais dans une phase où je gambergeais un peu. Et puis, je me suis rendu compte... J'étais un peu dans ma bulle et c'est elle qui m'a ouvert sur l'acoustique. Je crois que je n'avais jamais travaillé de titre avec des musiciens avant, j'étais vraiment en mode machine. De fil en aiguille, je me suis rendu compte qu'on avait un tronçon de culture commune, alors que j'étais incapable de déchiffrer une partition et qu'elle, elle sortait du conservatoire. Tout nous opposait, mais on avait beaucoup de choses en commun. On a fait une première séance studio qui m'a paru super intéressante et on a commencé à collaborer comme ça.

Peut-on imaginer Wax Tailor dans sa version baroque ? (rires)
Je pense qu'il y a des choses qui se croisent, il y a une notion de romantisme... Oui, complètement. Les choses se sont faites, encore une fois, d'une manière très naturelle, et aujourd'hui, je dirais que Marina, c'est quelqu'un qui n'est pas forcément omniprésent sur le dernier album — elle n'intervient que sur certains titres. Mais objectivement, quand je regarde ma façon d'aborder l'arrangement aujourd'hui, je peux dire qu'elle est présente même quand elle ne l'est pas, parce que je suis un peu une éponge, et que le fait d'avoir travaillé avec elle, ça m'a ouvert une conception un peu différente des arrangements...

Et par rapport à la scène ?
Là, en ce moment on évolue avec la formation type, avec de temps Marina au violoncelle, Ludivine Issambourg à la flûte, Charlotte au chant, Mattic de The Others, qui est venu s’installer en France pour nous accompagner sur toute la tournée et Niels Incadela pour tous les aspects visuels. Je n’arrive pas du tout à concevoir le fait de me retrouver tout seul derrière une machine, un ordinateur ou quelque chose comme ça. J'ai essayé de renvoyer le maximum d'éléments sur les platines, parce que, pour moi, c'est un élément d'énergie, où visuellement il se passe quelque chose. Où j'ai l'impression d'amener une patine. Et puis ce qui m’intéresse c’est cette façon de repenser et de réarranger les titres par rapport à l'album en fonction des instruments présents sur scène, tout simplement. Pour moi, aujourd'hui, on évolue en formation – alors évidemment, c'est encore difficile pour certaines personnes de concevoir ça comme un concert stricto habituel. Mais pour moi, c'est vraiment ça. On constitue une formation, un vrai groupe en concert.

Propos recueillis par Magali Fichter et Emmanuel Abela le 22 mai 2008 à La Laiterie, à Strasbourg

Dernier album : Hope & Sorrow, Lab’oratoire / Atmosphériques
Dernier single : We Be (featuring Ursula Rucker)



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