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Valérie Perrin, Le cinéma terrain de relation

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En complément des concerts proposés à C’est dans la Vallée, Valérie Perrin mène un très joli travail de programmation, avec un choix exigeant de films, courts métrages, ciné-concerts et films expérimentaux, qui interrogent les relations étroites entre cinéma et musique.


Dès la première édition de C’est dans la Vallée, l’idée d’associer la musique à l’image a été adoptée. Valérie Perrin, responsable de la programmation cinéma nous rappelle que la pluridisciplinarité du festival est étroitement liée à la « personnalité de Rodolphe Burger qui est en lien permanent avec des écrivains, des artistes ou des cinéastes, comme Olivier Cadiot, Pierre Alferi ou Claire Denis. » De fait, une programmation cinéma s’est immédiatement imposée dans les esprits. « Il ne s’agissait pas de projeter des films sans qu’il n’y ait de lien avec le reste. » D’où un choix très ciblé de films en relation directe avec la musique. Quand on lui pose la question d’un éventuel cahier des charges, Valérie nous précise : « Pour moi, en tant que programmatrice, le fait d’affirmer ce rapport cinéma / musique n’est pas du tout une contrainte dans la mesure où j’attache une importance particulière à ce qui fait le lien entre image et son, notamment dans le cinéma expérimental. Pour moi, les déclinaisons possibles constituent un superbe terrain de jeu. »

L’aller-retour entre les différentes programmations créent de la cohérence dans l’esprit des festivaliers. « Oui, nous confirme Valérie. Dans la mesure du possible, je tente des clins d’œil à la programmation musicale, comme avec Heart Of Mine de Frank Vialle, dans lequel on voit des musiciens du label Herzfeld qu’on a vus sur scène, la veille au soir, au sein de l’Herzfeld Orchestra. » De même, pour les personnalités de l’entourage de Rodolphe, comme Yves Dormoy, l’an passé, et Fred Poulet cette année, sollicitées pour créer la bande-son très originale de films dans le cadre de ciné-concerts. Comment s’effectue le choix de ces films avec les artistes concernés ? « On rencontre plusieurs cas de figure : il y a des films pour lesquels j’ai une intuition concernant l’artiste qui pourra le mettre en musique. Sinon, on interroge les musiciens sur leurs propres désirs de film. Après, il faut naturellement prendre en compte la disponibilité à la fois des œuvres et des artistes. » Dans tous les cas, le festival privilégie le travail de création — « Autant que possible, le parti pris du festival est de proposer des choses qu’on ne voit pas ailleurs » —, comme cette année avec le travail de Fred Poulet sur Paris qui dort, le premier film de René Clair en 1923, dont la projection sera précédée de courts métrages expérimentaux. « René Clair a beaucoup travaillé avec les Dada, dont Francis Picabia. Du coup, nous proposons des films d’avant-garde d’Henri Chomette, son frère et d’Hans Richter qui confirment l’influence dada de René Clair. » Autre ciné-concert, Nanouk, mis en musique par Vincent Epplay et Sébastien Roux, deux musiciens d’avant-garde qui interrogent la matérialité du son. On imagine que leur proposition sera à la hauteur de l’esprit pionnier de ce classique de Robert Flaherty, en 1922. «  Vincent connaissait le film, Sébastien pas ; ils se sont mis d’accord sans se poser de questions. Et comme Vincent crée des installations, sa réflexion va également porter sur la diffusion du son. » Ce film « assez incroyable » sera présenté, en séance familiale, en fin d’après-midi, le samedi, « pour que les enfants puissent venir le voir. »

L’allusion de Valérie Perrin aux enfants ne présente rien d’anecdotique. Depuis deux ans, le festival tente une approche pédagogique autour du cinéma d’avant-garde, dans le cadre d’un atelier animé par Silvi Simon, cinéaste et plasticienne, et Marianne Roth, professeur d’arts plastiques, avec des élèves du lycée de Sainte-Marie-aux-Mines. L’expérience vise naturellement à sensibiliser ce jeune public dont le regard loin d’être vierge n’en reste pas moins curieux. « Dans ces ateliers, les élèves se prennent au jeu pour des résultats parfois surprenants. Sur le thème du “corps en mouvement”, des chorégraphies ont été créées par la professeur de danse, avec des projections en arrière-plan, comme Warhol pour les concerts du Velvet Underground. » Lors de la séance à la Villa Burrus, en marge du pique-nique musical, seront également projetés trois films signés Len Lye, James Whitney et Paul Sharits, des artistes historiques du cinéma expérimental. Une manière pour Valérie Perrin de prolonger, à Sainte-Marie-aux-Mines, le travail qu’elle mène tout au long de l’année sur les relations entre image, son et mouvement, à l’espace multimédia Gantner à Bourogne, en Franche-Comté, et d’ancrer un peu plus encore le festival dans sa région, à destination du public du Val d’Argent.

Propos recueillis par Emmanuel Abela

Les Ciné-concerts au Théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines :
Paris qui dort de René Clair (1923), le vendredi 30 mai à 20h00, mis en musique par Fred Poulet
Nanouk de Robert Flaherty (1922), le samedi 21 mai à 18h00, mis en musique par Vincent Epplay et Sébastien Roux

Expérimental ?, Color Flight de Len Lye (1938), Yantra de James Whitney (1950-57), Touching de Paul Sharits (1968) + séance de projection des réalisations des élèves du lycée de Sainte-Marie-aux-Mines, le dimanche 1er juin à 15h30, à la Villa Burrus.


1+1+1, l’un tend à l’autre


Une collaboration est née entre C’est dans la Vallée et la sélection one+one du festival Entrevues, à Belfort. D’où la présence de trois courts métrages qui se construisent autour d’une affection commune pour la musique. Valérie Perrin nous commente ses coups de cœur...

H.O.M. (Heart Of Mine) de Frank Vialle
« Ce qui me séduit dans le cinéma de Frank, c’est sa relation très forte à la musique. Ces films ne sont pas forcément narratifs, dans le sens où on l’entend d’habitude. Certains y voient même quelque chose d’immoral, mais pour moi, son dernier film constitue un vrai coup de cœur. On y croise une partie des musiciens du label Herzfeld dans la nature et chaque séquence musicale vient participer à la construction du film. »

Black and White Trypps Number Three de Ben Russell
« Lors de la dernière édition du festival Entrevues à Belfort, dans la sélection one+one — dont Fred Poulet était le président —, j’ai adoré le film de Ben Russell sur le groupe noise Lightning Bolt : le guitariste et le batteur se situent, non pas sur une scène, mais au milieu du public. Au-delà de la quinzaine de personnes qui se trouvent autour, personne ne voit rien, mais il se passe quelque chose de très fort ; la musique agit comme une onde, et se diffuse tout autour en cercles. »

Compilation 12 instants d’amour non partagé de Frank Beauvais
« Le principe est simple : une caméra en plan fixe filme un jeune homme qu’on suppose être l’amant du réalisateur. Celui-ci écoute douze chansons. Au bout de la troisième chanson, on se dit que ça va plus loin qu’on ne l’imaginait au départ : les chansons racontent chacune une histoire, elles expriment le point de vue du réalisateur sur la relation qui se défait, et à l’écran, on voit comment l’amant se détache petit à petit. »

Séance le 31 mai à 16h00 au Théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines



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Dimanche 12 août 2007, on a le sentiment de vivre un instant de grâce au cœur de la forêt
de Bolsenheim pendant le tournage de H.O.M. (Heart Of Mine) de Franck Vialle. Il est près de 11h,
le ciel s’ouvre, la lumière traverse le feuillage et nous parvient lors de cette superbe journée ensoleillée.
Le band formé pour l’occasion entame As long as I got you en live, avec Pierre Walter alias Spide au chant,
Franck Marxer à la guitare, Jacques Speyser à la batterie, Michael Labbé à la basse,
Paul-Henri Rougier et Franck Vialle à la guitare. La caméra part du chanteur, passe à gauche,
revient sur la droite, s’attarde sur le bassiste, hésite à chercher l’organiste à droite,
puis revient sur Spide qui esquisse un petit sourire à la fin du morceau.
Elle s’immobilise, prolongeant indéfiniment le sentiment d’éternité… (E.A.)

 

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