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Histoire(s) du Cinéma, de Jean-Luc Godard

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En 1988, la première diffusion sur Canal+ des Histoire(s) du Cinéma de Jean-Luc Godard marque la fin du cinéma, un an avant la fin de l’Histoire tout court. Outre le fait que JLG signe une première série de films à la télévision, cet acte lui permet de porter un regard sur le siècle précédant et de solder bien des choses. Il contemple avec un brin de tristesse un siècle qui par un effet étrange nous contemple en retour, et nous juge parfois. Le célèbre cinéaste s’inquiète du siècle à venir, celui d’une forme d’insouciance, de complaisance et d’errance possible. Déclinée sous la forme de très beaux livres chez Gallimard ou d’imposantes installations vidéo à Beaubourg, cette suite de collages visuels mérite enfin son édition en DVD, un support qui n’existait pas à l’époque mais auquel elle semble incroyablement destinée tant les images et les textes suggèrent un arrêt ou un retour. JLG est tricheur parfois, il est visionnaire toujours. (E.A.)
De Jean-Luc Godard — Gaumont Pathé Archives


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Drancy Avenir, d’Arnaud des Pallières

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Le cinéma peut-il rendre compte de la réalité de l’extermination ? Dans son premier film, Arnaud des Pallières interroge l’historien qui répond : « L’extermination n’est en aucun cas de l’ordre du souvenir. Un travail consacré à l’extermination ne peut être qu’une enquête sur le présent. » Le cinéaste se souvient dès lors que Serge Daney s’était longuement attardé sur la question de ce présent, dont la perfusion a alimenté sa propre réflexion. Dès lors, il filme une jeune étudiante à Drancy, à la Cité HLM de la Muette, le seul camp qui ne soit ni ruine, ni musée, mais dont l’espace est habité aujourd’hui encore par des gens qui ne peuvent en mesurer la charge assassine. Par la seule force des mots, la jeune femme nous restitue la vie du camp avec une émotion qui situe ce très beau film dans la lignée des chefs-d’œuvre éternels sur le sujet, Nuit et Brouillard ou Shoah. (E.A.)
D’Arnaud des Pallières, Arte Vidéo

 

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Les Soprano — Saison 6, L’Épilogue

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Dès le premier instant du premier épisode des Soprano, nous étions fixés ! La violence y sert le chaos, de manière inéluctable. Anthony Soprano a beau interroger sa psy, il peut chercher à lutter contre ses démons intérieurs, mais il ne peut aller contre sa propre destinée. Les parcours tortueux de son père, de son oncle et même de son fils le renseignent sur l’impossibilité de vivre qui le tourmente. Dans cette deuxième partie de la 6ème saison, qui correspond au dénouement du récit, les turpitudes du milieu, les soucis rencontrés à cause de l’intransigeance de l’ennemi Phil Leotardo n’y changeront rien. Ils ne feront que confirmer une trajectoire toute tracée. Alors qu’Anthony entrevoit la lumière du côté de las Vegas, c’est bien l’écran noir qui le guette. Et même s’il affirme qu’il est un « good guy » — ce dont personne ne doute, tant le personnage nous apparaît sympathique, malgré la violence dont il peut faire preuve —, la situation ne tarde pas à lui échapper une nouvelle fois. Depuis le début de la série, ce qui paraît surprenant, c’est qu’on désigne clairement l’abîme, mais qu’on feint de nous faire croire qu’on peut y échapper par la seule force de la volonté. En cela, la série touche à la métaphysique, elle interroge la question de l’homme dans sa relation à ce qui le dépasse. Elle le positionne, tel un pantin désarticulé, par rapport au bien et au mal, mais ne lui donne guère la possibilité d’agir sur les éléments. Le constat amer qu’elle dresse sur une humanité qui ne cesse de se dérober à elle-même, nous remet les idées en place. En cela, elle en serait presque nécessaire. (E.A.)
De David Chase, DVD Warner Bros

 

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Paranoid Park, de Gus Van Sant

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Après les trois volets de sa trilogie, Gerry, Elephant et Last Days, Gus Van Sant a été tenté par une nouvelle plongée au cœur d’un univers adolescent dont il explore les recoins. Le milieu des skaters n’est que prétexte. Prétexte à une situation policière qui sert de lien à son approche narrative : un meurtre a été commis, à proximité de Paranoid Park, le lieu de rencontre des skaters de la ville ; avant de se voir le corps sectionné en deux par le passage d’un train, la victime a été frappée au visage à l’aide d’un skate. Alex, un jeune de 16 ans s’est rendu sur les lieux le jour même, il est interrogé comme d’autres amateurs de skate de son école... Le récit pose un cadre, mais le sentiment se situe ailleurs. La figure androgyne du bel acteur, Gabe Nevins, est iconique. Inexpressive, elle se situe hors-temps. Les incessants allers-retours entre le visage angélique et les mouvements de skate filmés en super-8, constituent la trame esthétique d’un film en apesanteur. Qu’importe qu’Alex soit coupable ou non, qu’importe que sa relation avec sa petite amie aboutisse ou pas, le spectateur est embarqué malgré lui, il se laisse entraîner tout en vivant les événements avec la distance qu’on lui impose. Et puis comme à chaque fois chez Van Sant, il y a la bande son, l’une des plus pointues et des plus exigeantes qui soit. Pour alimenter sa vision paradoxalement clinique et poétique, il associe le regretté la pop du Elliott Smith, les sonorités électroniques intrigantes d’Etan Rose ou de Robert Normandeau, à quelques thèmes célèbres de Nino Rota, écrits pour les films de Federico Fellini, notamment La Gradisca e il principe sur la B.O. d’Amarcord, qui renvoie aux fantasmes adolescents de chacun et offre à Alex, adolescent d’aujourd’hui, sa part d'éternité. (E.A.)
De Gus Van Sant, MK2 

 

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Tout est pardonné, de Mia Hansen-Love

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On le sait d’expérience, la simplicité au cinéma est gage d’émotion. Inutile de plonger dans la complaisance, quand le sentiment s’exprime par la seule force des dialogues et des images. Dans le cas de Tout est pardonné, la situation semble insupportable, même si l’on croit un instant que la longue descente aux enfers de Victor, le père alcoolique et drogué, peut être empêchée. À Paris, Victor — admirable Paul Blain ! — revoit sa fille, Pamela, qui lui semblait à jamais perdue, depuis le jour où son ex-compagne autrichienne, Annette — la touchante Marie-Christine Friedrich —, a décidé de le quitter, onze ans plus tôt. De cette relation (re-)naissante s’articulent quelques unes des plus belles scènes qu’ait compté le cinéma français ces dernières années. Pour son premier film, Mia Hansen-Love nous réconcilie avec ce qui fait l’essence de notre amour pour le 7ème art, une extrême générosité exprimée avec grande sobriété. On s’attache aux personnages — à tous les personnages — avec la conviction intime de les avoir toujours côtoyés. Leur histoire est la nôtre, nous comprenons les décisions d’Annette qui cherche à se protéger, ainsi que son enfant, nous vivons de l’intérieur les atermoiements autodestructeurs de Victor, même si on leur souhaiterait une issue plus heureuse ; de même, nous tombons amoureux de cette superbe junkie quand celle-ci danse sur Lola, le morceau des Kinks revisité dans une version décharnée par les sublimes Raincoats. Et surtout, nous partageons les troubles de Pamela, interprétée avec un naturel déconcertant par la ravissante Constance Rousseau, et la curiosité qui l'anime quand elle accepte les retrouvailles. Nous nous interrogeons et partageons avec elle chacun des instants qui la séparent et la re-lient à son père. À la manière de Jean Eustache, Mia Hansen-Love explore une forme particulière qui peut surprendre en ces temps de surenchère, une forme rigoureuse qui cherche de la sincérité dans l’écriture et dans le mouvement, une forme qui part d'un sentiment de vérité. En cela, son film nous est précieux. (E.A.)
De Mia Hansen-Love, DVD Pelléas

 

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Control, d'Anton Corbijn

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L’histoire d’Ian Curtis présente ceci de tragique qu’elle tend irrémédiablement à sa fin. Le chanteur de Joy Division a eu pour destinée d’écrire les chansons les plus bouleversantes de son époque, mais aussi de disparaître de manière aussi soudaine que violente. Son suicide a privé la décennie des années 80 de l’une de ses idoles les plus charismatiques. Pour Anton Corbijn, raconter cette histoire relevait d’un double défi : dans un premier temps, il s’agissait pour le célèbre photographe hollandais, à qui l'on doit les superbe pochettes de disque de Depeche Mode, Echo & The Bunnymen et U2, d’endosser les habits du cinéaste pour une première réalisation sans le droit à la moindre erreur ; puis, il lui fallait éviter un certain nombre de pièges qu’il se serait tendu à lui-même par excès d’affectivité. Il n’était pas simple pour lui de raconter une histoire qu’il a vécue en partie — rappelons qu’il s’est lui-même installé à Manchester pour se rapprocher et partir à la rencontre de son groupe fétiche. C’est sans doute pour cela qu’il concentre son propos sur la figure d’Ian, plutôt que s’attarder sur l’évolution du groupe, sa discographie et son parcours même éphémère. À la vision, on se fait même la réflexion qu’il aurait pu tenter de raconter cette histoire sans fond musical, tant la musique semble passer au second plan d’une vie qui se délite. C’eut été nous priver de la magistrale interprétation que font Sam Riley et les membres de son groupe, 10000 Things de certains morceaux phares du groupe, sans sombrer dans le mimétisme austère. L’acteur britannique campe son personnage avec majesté, lui redonne vie de manière troublante — il reproduit la gestuelle désarticulée du chanteur sur scène avec beaucoup de réalisme —, nous révélant avec sobriété ses déchirures sentimentales intérieures. Si Anton Corbijn évite le biopic aisé, il n’en restitue pas moins avec brio une histoire de la musique pop britannique dans les années 70, au son de Roxy Music, David Bowie, des Sex Pistols ou des Buzzcocks, des artistes qu’il replace subtilement dans son contexte social le plus sombre. Les amateurs s’amuseront à guetter les détails en périphérie — une allusion à Jim Morrison ici, une autre au Crash de J.G. Ballard là, des pochettes de disque qui traînent, celle de Transformer de Lou Reed, et bien sûr celle de The Idiot d’Iggy Pop, le dernier disque écouté par Ian Curtis, la veille de sa mort. Une question se posait, bien sûr : comment achever ce récit, alors que tout le monde connaît la fin brutale de cette histoire ? Là aussi, le cinéaste a su éviter bien des écueils et recréer le drame avec force, comme si nous le découvrions pour la première fois. Il fait preuve d’une poésie cinématographique saisissante qui, bien au-delà de l'histoire de Joy Division, rend hommage à l’Angleterre éternelle. (E.A.)
D’Anton Corbijn, DVD La Fabrique de Films


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