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Les Lyonnais de Olivier Marchal

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Edmond Vidal, dit Momon, a décidé de tirer un trait sur sa célèbre carrière de bandit. Il a promis à sa femme Janou de rester à ses côtés et de ne plus être mêlé à des affaires douteuses. C’est un homme respectueux aux valeurs simples et universelles. Jusqu’au jour où son ami d’enfance Serge Suttel revient dans sa vie. Celui avec qui il a découvert la prison, et avec qui il a formé le Gang des Lyonnais. Contrairement aux autres, Serge n’a pas totalement changé de vie. De sa jeunesse, Momon retient surtout la loyauté envers ses amis. Alors quand son meilleur ami ré apparaît, le Gang des Lyonnais n’hésite pas à se reformer pour le défendre.

Après 36 quai des Orfèvres et Braquo, Olivier Marchal revient sur l’histoire du Gang des Lyonnais, célèbre pour ses nombreux braquages dans les années 1970 et pour leur légendaire arrestation en 1974. Les flashbacks rythment le film, nous sommes au cœur de l’histoire d’amitié entre Serge et Momon, mais aussi dans l’envers du décor de leurs braquages. Gérard Lanvin incarne à merveille le rôle de Momon, un homme partagé entre son amour pour sa famille, et sa loyauté envers ses amis. Olivier Marchal nous plonge dans une ambiance tsigane, tout en violence, mais aussi avec une certaine tendresse familiale. (A.B.)

Les Lyonnais de Olivier Marchal avec Gérard Lanvin, Tchéky Karyo, et Daniel Duval
Gaumont Distribution

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Tu seras mon fils, de Gilles Legrand

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Les relations père-fils peuvent parfois être difficile, Gilles Legrand traite ce sujet complexe avec justesse dans son nouveau film Tu seras mon fils.

Paul de Marseul, un homme charismatique et ambitieux dirige un domaine viticole à Saint-Émilion. Face au cancer foudroyant de son régisseur, Paul cherche un homme qui pourrait lui succéder. Son fils, Martin de Marseul, interprété par un Lorant Deutsch troublant dans le rôle du fils soumis et incompris, aimerait se lancer dans l’activité. Ce qui n’est pas du goût de son père qui a toujours rêvé d’un fils aussi talentueux et passionné que lui. La venue de Philippe, le fils du régisseur, va bouleverser la vie de la famille de Marseul. Paul voit en lui son fils rêvé, il va le considérer comme tel jusqu’à lui proposer son domaine. Une situation qui renverse deux familles, deux pères, deux fils, pourtant l’un d’eux n’a plus rien à perdre.

Contrastes, rivalités et humiliations font de ce film un moment fort où l’on passe d’un sentiment à l’autre. Gilles Legrand, le réalisateur, expose ces relations père-fils éprouvantes. Le rôle de Niels Arestrup amplifie cette atmosphère ambigüe, il nous met mal à l’aise. Philippe, le fils brillant et ambitieux, est incarné par Nicolas Bridet, la révélation du film. Des acteurs au jeu juste et profond, à la fois détestables mais aussi attachants, de quoi bouleverser le spectateur.

Cette relation équivoque très proche de la réalité, nous fait réfléchir au comportement que l’on pourrait avoir face à cette situation…Peut-on être aussi cruel avec son fils au point de faire passer sa passion avant lui ? Doit-on se laisser acheter pour obtenir ce que l’on a toujours souhaité ? Devons-nous accepter l’ignorance d’un père et la comprendre ? (A.B.)

La petite chambre, de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond

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Autour du regard intransigeant que porte la société sur la vieillesse, Stéphanie Chuat et Véronique Reymond réalisent leur premier long-métrage de fiction en livrant un panel d’émotions surprenant.

Séduit dès la première lecture par le scénario, Michel Bouquet revient au cinéma dans La petite chambre en y incarnant Edmond, un vieillard à l’esprit vif qui refuse de s’installer en maison de retraite. Ironisant sa situation, il construit une relation forte et sincère avec son infirmière à domicile, enfermée dans le deuil insurmontable d’un enfant. Tendants parfois au manichéisme, Edmond et Rose vivent un moment de vie difficile qui les révoltent et qu’ils extériorisent chacun à leur manière. À l’instar de Je l’aimais, l’interprétation de Florence Loiret Caille insuffle le chagrin du film contrebalancé par les traits d’esprits du personnage de Michel Bouquet.

« Je suis pas débile quand même ! » s’exclame Edmond lors de l’une des scènes avec Rose. Par la légèreté de cette seule phrase, la lourdeur des thèmes abordés s’affirme : où plaçons-nous la dignité de nos aïeux dans la société actuelle ? Devenons-nous les parents des nôtres ? En évoquant l’infantilisation des personnes âgées mêlée à un décès périnatal, le film traite de la fragilité de l’existence avec un humour maitrisé. Bien souvent, les questions métaphysiques s’estompent et laissent place au pragmatisme nécessaire. Entre ces deux axes, le film louvoie.

S’il est affranchi de toute convention sociale, le film ne fait pas l’économie de la nécessité des rapports humains. A fortiori, ce sont eux qui permettront aux personnages de fermer la porte de La petite chambre.

Pauline Hofmann et Sophie Ruch

Un film de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond avec Florence Loiret-Caille, Michel Bouquet et Eric Caravaca - Vega Distribution

Rencontre avec les deux réalisatrices sur le site de Flux4

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Nos résistances, de Romain Cogitore

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Juillet 1944 ; comme chaque été, des amours pures et pleines d’un désir absolu naissent dans le cœur de ceux qui grandissent la fleur au fusil. Nos Résistances n’est pourtant pas un énième teen-movie. Ni un film sur la Seconde Guerre Mondiale.

En résistant à l’appel de la facilité, Romain Cogitore se risque à proposer un premier long métrage audacieux. François a dix-neuf ans, il tombe amoureux et son désir premier est de faire l’amour. En dehors du microcosme sentimental qu’il se crée petit à petit, la Résistance se met en place. Bien qu’il soit dispensé du STO par son statut de secouriste, il n’échappe pas à l’époque qui le voit grandir et rejoint, par la force des choses, le Maquis.

De l’amour, de l’amitié, du hasard, de l’histoire, des rires et de la violence ; un imbroglio de sentiments bien mené.

Sur fond de hip-hop, avec quelques anachronismes langagiers, ce premier long métrage de Romain Cogitore dirige le spectateur avec autant de rythme que de véracité. Face aux armes pour la vie que se forge le protagoniste du film à coup d’obstacles et d’obstructions, difficile de résister au talent et à la justesse des thèmes abordés ; chacun peut s’y reconnaître et tout le monde peut y déposer ses armes pour se rappeler que, pour tout un chacun, la fin de l’adolescence s’avère être une première résilience contre laquelle il ne faut pas faire de résistance.

Sophie Ruch

Un film de Romain Cogitore avec François Civil et Jules Sitruk Shellac Distribution

Rencontre avec Romain Cogitore et François Civil paru dans Novo #12

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Somewhere, de Sofia Coppola

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Somewhere, de Sofia Coppola

Les films de Sofia Coppola sont similaires à la contemplation que l'on expérimente à l'accoutumée dans les musées. Statique, on s'installe, on observe chaque recoin puis c'est l'ensemble qui nous rattrape.

Dans ses trois premiers films, la benjamine de la famille Coppola s'était abstenue de se dévoiler dans une histoire père-fille. Somewhere est sorti, sans nous révéler un Œdipe mal senti.

Des voitures, de la bière, des strip-teases, de la crème glacée et des cigarettes. Autant d'accessoires qui nous mènent vers une relation d'une profondeur inouïe entre un père et sa fille. Stephen Dorff, en vedette hollywoodienne de tous les vices, et Elle Fanning, dans le rôle d'une enfant presque femme. Ce duo d'acteurs inattendu forme un couple de personnages feutré, en ne faisant qu'effleurer la puissance et l'émotion de Lost in Translation, deuxième long-métrage de Sofia Coppola.

Une conférence de presse en Italie et la question est soulevée : « Who is Johnny Marco ? ». Pas encore adolescente, sa fille lui maintient la tête hors de l'eau. Lorsqu'il l'accompagne, vaguement ennuyé, à son entraînement de patins à glace, il découvre des mouvements gracieux et justes qui le sortent de sa torpeur. Les volants du justaucorps se soulèvent, comme la mini-jupe de la strip-teaseuse, grimée en tenniswomen la veille au soir. Cleo est faite femme par cette seule scène.

Porté dans un univers empreint de pudeur, on voudrait que cette heure et demi dure encore pour atteindre les méandres de l'indicible. A contrario, Sofia Coppola nous donne une impression de facilité en s'obstinant à terminer un film qui mériterait de rester en suspens. Toute la difficulté de l'approche réside dans la dichotomie : si Somewhere est profond, il faut néanmoins le prendre à la légère.

Juliette Pham, Sophie Ruch et Pauline Hofmann

Un film de Sofia Coppola avec Elle Fanning, Stephen Dorff et Chris Pontius – Pathé Distribution

Sofia Coppola, portrait

Il y a l’écume des choses : baptisée à un an devant la caméra de son père dans Le Parrain, la fille de Francis Ford Coppola ne pouvait prétendre à un autre avenir que celui digne d’un des meilleurs scénarios hollywoodien.

Durant sa jeunesse, Sofia Coppola apparaît dans plusieurs films de son père. Diplômée du California Institute of the Arts, elle ébauche une carrière dans la mode et devient l’assistante de Karl Lagerfeld avant de se faire rattraper par sa destinée, le cinéma. En 1998, elle réalise un premier court-métrage, Lick The Star. Un an plus tard, elle réalise Virgin Suicides. Dans ce premier long-métrage à l’esthétisme particulier, Sofia Coppola dépeint l’adolescence avec un cynisme percutant. L’univers particulier de la jeune touche-à-tout la hisse parmi les figures importantes du cinéma.

Cousine de l’acteur Nicolas Cage, ex-épouse du très doué Spike Jonze, ancienne compagne du talentueux Quentin Tarantino, Sofia Coppola a toujours été entourée de personnes ne pouvant que la mener au sommet du septième art, avant de s’éprendre du chanteur de groupe Phoenix, Thomas Mars, père de ses deux filles.

Contrairement à d’autres personnalités davantage reconnues pour leur entourage que par un éventuel talent, Sofia Coppola se distingue : sa réussite est indéniablement une affaire de chance et de famille teintée de pudeur et de sobriété. Particularités qu’elle met en scène dans ses films et particulièrement dans la prouesse cinématographique de Lost In Translation avec Bill Murray et Scarlett Johansson.

L’élégance de son talent tout en discrétion caractérise la plupart de ses réalisations, avec quelques surprises de bon goût. Avec style, elle chausse Kirsten Dunst de Converses dans son film Marie-Antoinette sorti en 2006, réalise un film publicitaire aussi girly que catchy pour le nouveau parfum de la maison Dior, Miss Dior Chérie. Egérie du parfum Marc Jacobs en 2002, créatrice d’une collection capsules de sacs Louis Vuitton, autant de collaborations qui élèvent Sofia Coppola au rang très prisé des it girls.

Bien qu’elle puisse, à juste titre, susciter l’envie, les critiques à son sujet se font rares : l’intemporalité de son talent et la discrétion de son style forcent l’admiration de cette cette new-yorkaise à la tête et à la vie bien remplie.

Sophie Ruch

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La petite fille de la terre noire, de Jeon-Soo-il

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Dans le petit village de la province de Kangwon en Corée du Sud, les mines de charbon sont en plein déclin et l'unique perspective est l'ouverture prochaine d'un casino. La petite Young-lim, neuf ans, vit avec son père et son grand frère d'onze ans, qui souffre de troubles mentaux. Le père doit quitter la mine car il est atteint d'une pneumonie : la loi veut que les mineurs ne soient hospitalisés que s'ils souffrent d'une seconde maladie. Young-lim s'occupe alors seule du foyer familial. Le lieu du tournage englobe à lui seul toute la noirceur du film : le village est situé dans une cuvette enneigée, dont la seule porte de sortie est l'arrêt du bus qui mène à la ville (et dont l'image ouvre et clôt le film). Par le contraste entre le sol noir caillouteux et les versants blanchis par la neige, Jeon Soo-Il restitue la dualité de la montagne : elle est tantôt le terreau empoisonné où s'enracine la vie des habitants, tantôt le mur infranchissable, la pente abrupte qui précipite la chute du père et de ses espoirs... La jeune génération pousse comme un perce-neige sur cette terre glacée. Au propre – en faisant retentir les cloches du village – comme au figuré, les enfants sonnent le glas d'une époque révolue. Ils apportent des solutions d'enfants aux problèmes que leurs aînés ne sont plus capables de résoudre. La petite fille, vêtue de rouge dans les moments dramatiques, est animée du même instinct de survie qui pousse les mères de la région à franchir la montagne pour s'installer en ville.
Jeon Soo-Il, dans ce cinquième film qu'il décrit comme une “fable tragique”, commence par poser le contexte social sur le mode du documentaire, caméra au poing. Puis il s'en éloigne progressivement pour se rapprocher de ses personnages à travers des plans fixes empreints d'humanité, de poésie, et d'une incomparable intensité. Si, comme l'affirme le réalisateur coréen, le cinéma a encore pour vocation de « parler avec des images », alors La petite fille de la terre noire est une réussite. (C.D.)
Un film de Jeon Soo-il avec Yu Yun-mi, Jo Yung-jin – Zootrope Films


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Tulpan, de Sergey Dvortsevoy

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De retour de l'armée russe où il officiait comme sous-marinier, le tendre Asa retrouve l'affection de sa soeur et son beau-frère qui l'accueillent dans la yourte familiale. Le berger poète de retour dans la steppe kazakhe se voit promettre un troupeau s'il prend épouse. Or il n'est qu'une jeune fille à 500 km à la ronde, la belle Tulpan (la Tulipe), et Tulpan, elle, rêve d'aller au collège et invoque le pretexte que son prétendant a de trop grandes oreilles... Après une première scène kusturicienne où la famille de l'amoureux palabre avec les parents d'une Tulpan incrédule et cachée derrière une épaisse tenture, le film bascule dans une dimension poétique absolue. La steppe, à la fois espace physique, métaphorique, abstrait, y occupe le premier plan et c'est sa beauté âpre qui est la véritable star du film. La mystérieuse Tulpan y fait office de mirage, on n'en verra pas plus qu'un petit bout d'oeil ou de tresse brune, et l'on ne saura d'elle que ses ambitions de quitter la vie nomade pour étudier. Une vie nomade sublimée par le réalisateur, dans toute sa rudesse : conditions climatiques extrêmes, nourriture rare, mais aussi toute sa tendresse : les scènes familiales dans la yourte sont d'une douceur extrême, et plongent le spectateur dans l'harmonie de la petite famille nomade, quelque part dans le désert entre Orient et Occident.
La désolation des personnages se fond avec celle de la nature, qui,  trop pauvre pour nourrir les bêtes, compromet l'avenir du troupeau, de la même manière que les refus obstinés de Tulpan compromettent la famille d'Asa. Le coeur et la raison, des sujets décidément aussi compliqués pour les bergers kazakhes soumis au destin que pour les spectateurs occidentaux de l'intrigue...En quelques touches toujours d'une grande pudeur, Sergey Dvortsevoy évoque un monde qui change, les aspirations des héros à une vie meilleure, aux études, à un exil citadin, désirs qu'ils ont du mal à concilier avec un mode de vie traditionnel qu'il leur est impossible de renier, le manque de femmes dans certaines régions du monde, l'amour familial salvateur et enfin l'espoir, symbolisé par l'émouvante naissance d'un agneau. Une très belle découverte cinématographique, véritable bouffée de poésie qu'il serait bien dommage de manquer.
(M.A)
Un film de de Sergey Dvortsevoy avec Askhat Kuchinchirekov, Samal Eslyamova, Ondasyn Besikbasov – ARP Sélection

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Le déjeuner du 15 août, de Gianni di Gregorio

djeuner_du_15_aout_1_.jpg Présenté comme le grand retour de la comédie à l’italienne et gratifié du prix du meilleur premier film à la dernière Mostra de Venise, Le déjeuner du 15 août , réalisé et interprété par Gianni di Gregorio, l’un des scénaristes de Gomorra , est un huis-clos burlesque où le politiquement correct est allègrement mis de côté.

Gianni est un quinquagénaire célibataire et légèrement hypochondriaque qui vit toujours chez sa mère, une vieille femme au physique d’iguane desséché, plus proche des créatures de Goya que des mamies-gâteaux des pubs de lessive, surmontée d’une perruque blonde digne des grandes heures des soaps hollywoodiens. Pour éponger plusieurs années de charges impayées et éviter l’expulsion, le pauvre Gianni accepte de s’occuper de la mère du syndic de l’immeuble pendant le week-end du 15 août. Malheureusement pour lui, la cohabitation entre les deux femmes (et deux autres visiteuses inattendues tout aussi hautes en couleurs) ne se fera pas en douceur.
Bien plus témoin qu’acteur de cette situation qui va vite tourner au vinaigre, Gianni aligne les cigarettes et les verres de Chablis, assaisonne aux somnifères les tisanes à la camomille de ses pensionnaires, les ramasse à la sortie des bars, résiste à leurs avances, prépare des plats hautement caloriques qui font saliver des deux côtés de l’écran et profite honteusement des évènements pour soutirer de l’argent à ces charmantes vieilles dames.

Derrière son humour acerbe et ses plans lumineux, le film aborde en finesse la question de la vieillesse, de l’abandon des personnes âgées et de la manière dont on les enferme trop souvent dans une fragilité qu’elles n’ont pas. Malgré quelques longueurs et une image un peu datée, Le déjeuner du 15 août est un film réjouissant, porté par des acteurs talentueux et pour la plupart novices en la matière. Une comédie légère, qui amuse sans accumulation de gags mais plutôt par petites touches d’humour caustique. (S.M.)

Un film de Gianni Di Gregorio, avec Gianni Di Gregorio, Valeria De Franciscis, Marina Cacciotti, Maria Cali – Le Pacte

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Ponyo sur la Falaise, de Hayao Miyazaki

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Dans un petit village du littoral japonais, Sôzuke, un petit garçon de 5 ans, recueille un étrange poisson rouge à tête humaine, qu’il baptise Ponyo. L’étonnante hybride s’avère être une princesse sous-marine, fille d’un savant écologiste un peu magicien et de la Reine des Mers. L'infante de l’eau-delà n’a de cesse de devenir humaine et va déjouer la surveillance de son père, déchaîner les forces océanes et provoquer un typhon pour rejoindre son jeune ami et déjouer le sort qui punit les amours entre hommes et poissons.

Dixième fable écologique du génial Hayao Miyazaki, Ponyo sur la Falaise crée une fois de plus l’événement. L’équipe du pape de l’animation japonaise a réalisé tous les dessins de ce bijou graphique à la main, n’utilisant l’ordinateur que pour certains rendus. Les mouvements magiques de l’eau, les ballets de méduses, les éléments de paysages parfois légèrement gribouillés, et l’époustouflante scène de la tempête y gagnent une densité et une poésie évocatrice allègrement sacrifiées par les productions actuelles sur l’autel des prouesses 3D.

Les aficionados retrouveront la figure maternelle récurrente chère à Miyazaki, déclinée ici sous la forme d’une jeune épouse de marin, Lisa, et des pétillantes pensionnaires de la maison de retraite locale. L’auteur, âgé de 68 ans, a déclaré qu’en réalisant Ponyo, et songeant qu’il lui restait peu de temps à vivre avant de rejoindre sa mère décédée, a tenté d’imaginer la conversation qu’il aimerait avoir avec elle, pensée obsédante évoquée lors de la scène des retrouvailles de Sôzuke avec la vieille Toki. Ces tunnels entre les mondes et les dimensions (au propre et au figuré) ponctuent le dessin animé et nous laissent enchantés. Un chef d’œuvre, magique de la première seconde à la dernière note de musique du générique de fin. (M.A)
Un film de Hayao Miyazaki, distribué par
Walt Disney Studios Motion Pictures France


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Coco avant Chanel, d'Anne Fontaine

chanel-thumb.jpg Deux sœurs sont conduites par leur père dans un orphelinat dont elles ne ressortiront qu'à l'âge adulte. Profondément blessée par cet abandon, Gabrielle Chanel n'aura de cesse de réinventer sa vie pour qu'elle se rapproche un peu plus de l'idée qu'elle s'en faisait.

Beaucoup vont se dire qu'il s'agit là d'un énième biopic (LE filon à la mode ces dernières années), après Sagan et Harvey Milk et en attendant Coco Chanel & Igor Stravinsky de Jan Kounen, le deuxième long-métrage qui sera consacré à Gabrielle Chanel cette année.
 
Certes, c'est un biopic. Mais il serait dommage de réduire de film à cette seule condition. Avant d'être un film sur cette grande couturière, Coco avant Chanel est le récit d'une magnifique histoire d'amour entre deux personnes (qui se trouvent être Coco Chanel et Boy Capel). Il convient d'ailleurs de souligner la qualité de l'interprétation : Audrey Tautou et Benoît Poelvoorde nous montrent enfin qu'ils sont capables de s'investir dans des rôles plus profonds que ceux qui ont fait leur succès et Alessandro Nivola, dont le regard terriblement séducteur hypnotise non seulement Coco Chanel mais certainement aussi toutes les spectatrices, apporte une note de douceur qui vient contrebalancer ces deux figures imposantes. La réalisation très réussie d'Anne Fontaine et la très belle photographie portée par la musique d'Alexandre Desplat apportent une patine qui donne à l'ensemble le cachet d'une œuvre délicate. 

Coco avant Chanel
fait partie de ces films marquants qui vous accompagne longtemps après la projection, ces film dans lesquels on se sent bien. (S.M.)

Un film d'Anne Fontaine, avec Audrey Tautou, Benoît Poelvoorde et Alessandro Nivola, distribué par Warner Bros. France

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Un mariage de rêve, de Stephan Elliott

un-mariage-de-reve-thumb.jpg 1o ans après Priscilla Folle du Désert et une longue pause cinématographique, Stephan Elliott est de retour, avec l'adaptation d'une pièce de Noël Coward, Easy Virtue, et nous transporte pour l'occasion dans les années 30.
John, fils prodigue d'une famille de nobliaux anglais, retourne dans son Surrey natal avec une jeune épouse américaine, déjà divorcée et championne automobile, qui va faire scandale dans les sages pâturages alentours. Si la plastique et la liberté de ton de la belle Larita (Jessica Biel) font tourner les têtes des gentlemen farmer locaux, ses manières irritent considérablement sa belle-mère, campée par une Christine Scott-Thomas métamorphosée et enlaidie, qui jubile visiblement dans un rôle tout en sarcasmes et en frustrations. Les piques volent sur fond de chasse à courre et de fêtes de bienfaisance. La guerre d'influence est ouverte et toutes les filles de la famille britannique y prennent part, certaines par jalousie, d'autres par principe. Qui l'emportera ? Les chipies désuètes de l'équipe d'Angleterre ou la flamboyante représentante des amazones américaines ? L'amour des jeunes mariés y résistera-t-il ?

Les dialogues sont savoureux, le casting irréprochable, les costumes et les ambiances rendus avec une précision d'orfèvre. La campagne anglaise y est grise et brumeuse à souhait, le manoir des Whittaker désespérément lugubre, et les tenues portées par la superbe Jessica Biel vont faire rêver bien des spectatrices. Certaines scènes sont irrésistibles de drôlerie (le French Cancan sans culotte notamment). Le propos de la pièce de théâtre originelle, servi par une adaptation moderne et des mouvement de caméra audacieux et énergiques, n'a pas pris une ride. La BO du film est également une réussite : certains passages chantés par les acteurs, et des classiques pop ou rock, malicieusement revisités (Mad Dog and Englishmen ou Tom Jones, façon swing) viennent ponctuer les rebondissements de l'intrigue. Seule ombre au tableau, on regrette parfois quelques longueurs, ainsi que le fait que le réalisateur n'ait pas offert à certains personnages secondaires truculents une dimension supplémentaire (notamment Furber le majordome excentrique ou encore Sarah et son frère, tous servis par des comédiens épatants).

Le tout n'en demeure pas moins succulent comme un gigot d'agneau dans sa sauce à la menthe, à déguster tiède, et en VO bien sûr ! (M.A.)

Un film de Stephan Elliott, avec Jessica Biel, Ben Barnes, Christin Scott-Thomas, Colin Firth - Pyramide Distribution

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