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Paul à Québec, de Michel Rabagliati

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S’il fallait caractériser ce très bel album en un seul mot, on choisirait très probablement « émotion ». De la finesse, de l’humour et puis un drame familial, un beau-père à accompagner dans ses derniers jours. La situation redoutée par chacun d’entre nous est ici abordée avec pudeur, douceur et délicatesse. Michel Rabagliati nous entraîne dans ce moment douloureux avec son style graphique particulier, entre précision et fausse naïveté.

S’il reconnaît volontiers avoir mis du temps à se mettre à la bande dessinée (voir l’interview sur notre site), le Québécois n’en demeure pas moins un solide auteur, à la fois scénariste et dessinateur, qui puise dans sa propre histoire les éléments qui composeront sa fiction. Forcément, Paul n’en est que plus humain, plus proche de nous, du lecteur et reste durablement ancré (et encré) dans notre mémoire, longtemps après tourné la dernière page. Vous l’aurez compris, ce prix du public reçu au festival de la BD d’Angoulême 2010 est tout sauf usurpé. (S.R.)

Paul à Québec, aux éditions de La Pastèque

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Le Montespan, Jean Teulé et Philippe Bertrand

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Quel singulier personnage que ce Louis Henri de Montespan, malheureux époux de la célèbre favorite de Louis XIV ! Ce cocu magnifique refuse « l’honneur » qui lui est fait par le Roi Soleil et n’a de cesse d’exiger le retour de la belle infidèle au sein du foyer conjugal. Intrigues et complots royaux n’arrêteront pas le vaillant et tenace marquis qui affiche avec insolence et panache son état de plus célèbre cornard de l’époque en se déplaçant dans son carrosse noir orné de cornes monstrueuses. Philippe Bertrand adapte avec brio le best-seller éponyme de son ami Jean Teulé et nous livre un truculent roman graphique où le langage fleuri du XVIIème siècle nous livre ses plus belles pépites. Cul-vert, quel grand moment de lecture ! (Kim)

Le Montespan, Jean Teulé et Philippe Bertrand, Delcourt, collection Miragesflux4bd_lemontespan_planche

L'Esprit Perdu, de Bonhomme et de De Bonneval

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C’est peut-être la petite pépite de ce début d’année 2010. Graphiquement, Bonhomme bluffe son monde avec un trait délicat et sensible, et son association avec De Bonneval fonctionne à merveille. L’histoire, c’est celle de Guillaume, un jeune homme de bonne famille coincé entre plusieurs sentiments. D’un côté, son père disparu, que tout le monde croit mort, sauf sa sœur, Hélis. Cette dernière va d’ailleurs se volatiliser pour partir à sa recherche. De l’autre, une mère qui se croit veuve et qui va accepter un mariage d’intérêt avec Brifaut, le prélat local. Un homme qui n’inspire guère la confiance des deux enfants.

Dans cet univers moyenâgeux et vaguement magique, Guillaume prend son baluchon et suit sa bonne étoile pour retrouver son père. Il croisera l’intriguant chevalier de Brabançon qui l’épaulera dans sa quête. Dans ce périple à travers des terres inconnues, hostiles, ponctué de rencontres dangereuses et caricaturales, le scénario se déroule avec un classicisme confondant dans l’univers de la Fantasy, mais avec une touche de nostalgie, d’émotion qui manque généralement dans ce genre de propos. On en ressort un sourire triste aux lèvres, porté par le sentiment d’avoir vécu un petit instant de bonheur, une parenthèse enchantée dans un monde pourtant bien terne. (S.R.)

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Sang bleu chez les Bleus, de Lambil et Cauvin

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Comme toujours, un nouvel épisode des Tuniques Bleus est un événement. Pour accompagner la sortie de ce 53e tome, Dupuis a proposé un beau coffret avec l’album et deux figurines en résine. De quoi vous inciter à lâcher quelques pièces supplémentaires pour décorer habilement votre étagère à BD. Blutch et Chesterfield bien en place, il reste donc à se plonger dans cette nouvelle aventure avec délectation anticipée. Erreur. Cauvin semble à bout de souffle puisqu’il ressort exactement le même thème que dans « Les Bleus de la balle » : les yankees s’ennuient dans leur camp et Alexander charge Blutch et Chesterfield de trouver une animation pour remotiver les troupes. Arrive alors le Duc D’Orléans, peintre à ses heures et représentant des forces françaises… Et c’est tout. Ce personnage sympathique ne joue aucun rôle et l’on suit avec une pointe de consternation le passage derrière les lignes ennemies de nos deux héros pris en sandwich. Un personnage qui ne sert à rien puisque Chesterfield va déclencher l’attaque précipitée des Confédérés et donc briser la monotonie qui s’était installée. Le rôle annoncé des Français dans une bataille décisive est totalement occulté. Au final, Blutch semble s’amuser à dessiner, et il est bien le seul. Un épisode bien fade, peut-être le moins bon d’une longue et riche histoire, pourtant si drôle et si réjouissante. L’intérêt, c’est qu’on replonge tout de suite après dans « Les cousins d’en face » ou « La rose de Bantry ».

Sang bleu chez les Bleus, Editions Dupuis

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Le Diable amoureux et autres films jamais tournés par Méliès, de Duchazeau et Vehlmann

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Suite à la série La Nuit de L'Inca, Duchazeau et Vehlmann se retrouvent dans un one-shot poétique centré sur le personnage de Méliès, créatif génial à qui ils attribuent sept films imaginaires, prétextes à des récits toniques et fantasques. Plus encore, le trait gras et brumeux de Duchazeau restitue parfaitement l'effervescence de l'invention du cinéma, que les auteurs resituent dans les décors minutieux de Paris au début du XXe siècle. Une pertinence et un talent que l'on souhaite désormais incontournables dans l’univers de la BD. (O.B.)

Le Diable amoureux et autres films jamais tournés par Méliès, Dargaud

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Antarès, épisode 3, de Leo

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Perdue et menacée par les dangers de la planète sauvage Antarès, mais aussi par des ennuis au sein de son équipe, Kim tente de rejoindre à ses risques et périls le camp de base. Au détour d’une recette qui peut sembler facile, Leo reste toujours fascinant : au fil des albums de sa saga telle une haletante novela SF, l’imaginaire du brésilien ne faiblit pas et le lecteur est ébahi face à ses prouesses scénaristiques constantes, alliées à la clarté d’un trait qui mène toujours à l’émerveillement. (O.B.)

Antarès, épisode 3 - Dargaud

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Ida, Tome 1 : Grandeur et Humiliation, de Chloé Cruchaudet

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L’Afrique, en 1887. Ida, vieille fille trentenaire et blasée de la haute société suisse, se retrouve accrochée par un bout de sa crinoline à une branche de baobab. Une position pour le moins incongrue et plus qu’embarrassante pour un esprit si prétendument éclairé ! Comment l’héroïne a-t-elle pu se mettre dans une telle situation ? C’est ce que découvre le lecteur dans cet album très coloré, assurément l’une des belles surprises de la rentrée. Chloé Cruchaudet nous régale avec ce récit truculent où Ida, engoncée aussi bien dans sa crinoline que dans ses idées reçues, découvre en pleine jungle un univers fort éloigné de celui dépeint dans le catalogue de l’Exposition Universelle qui constitue sa bible de voyage. Un voyage initiatique à l’humour grinçant qui nous amène à réfléchir aux dérives de la bonne société colonialiste du XIXe siècle. (Kim)

De Chloé Cruchaudet – Delcourt

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Des souris et des hommes, de Pierre-Alain Bertola

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Deux amis d’enfance errent de ranch en ranch dans l’Amérique des années 30 à la recherche de ces petits boulots qui leur permettraient d’acquérir la ferme dont ils rêvent tant. Mais tout serait tellement plus simple et plus rapide pour Lennie s’il n’avait pas à sa charge George. George le simple d’esprit, un colosse incapable de maîtriser son incroyable force ! Georges qui lui cause tant de soucis ! La chance semble enfin leur sourire dans cette propriété où le contremaître les prend sous sa bienveillante protection. Jusqu’au jour où…

Pierre-Alain Bertola, artiste et scénographe suisse, a nourri pendant des années ce projet de transposition en bande dessinée du chef d’œuvre Des souris et des hommes de John Steinbeck. Grand bien lui a pris, ses lavis à l’encre de chine sont sublimes et restituent pleinement la charge dramatique du récit originel. Des pages pleines d’émotions, savamment rythmées, qui n’omettent aucun détail d’une époque précaire et violente. Un album qui trouvera une résonance en chacun de nous. (Kim)

Des souris et des hommes, de Pierre-Alain Bertola d’après le roman de John Steinbeck – Delcourt

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David Boring, de Daniel Clowes

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David, 20 ans, mal assuré, rencontre par hasard Wanda, littéralement son idéal féminin. Un jour,  cette dernière disparaît soudainement et David part à sa recherche… L’univers unique, inextricable et transpirant de l’américain Daniel Clowes mériterait à lui seul une thèse. L’auteur mêle sexualité et mort, étrangeté et désordres sentimentaux, désillusions pubères et irréalités avec un sens du suspens chevillé au corps du récit. Tel Hitchcock filmant ses scènes d'amour en scènes de meurtres, Clowes fait ressurgir la permanence de sa violence sourde dans une mise en scène perfectionniste, noire et blanche, où chaque trait de plume écorche votre âme et votre esprit. Magnifique. (O.B.)


De Daniel Clowes, Éditions Cornélius

Chronique parue dans Novo #4

 

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Daphné et Iris, de Géraldine Ranouil, Véronique Grisseaux et Glen Chapron

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Daphnée et Iris ou le quotidien de deux insupportables chipies qui accordent la même valeur à leur chat, à leur mec ou à leur sac Balenciaga. Le véritable amour peut-il encore bouleverser l’existence de ces citadines avides de réussite sociale ? La réponse figure quelque part dans ces pages, joliment rythmées par le trait subtil de Glen Chapron. Une desperate way of life, bien française, caustique à souhait, décrite avec tendresse et humour, qui ravira les filles aussi bien que les garçons. (Kim)

De Géraldine Ranouil, Véronique Grisseaux et Glen Chapron, KSTR

Chronique parue dans Novo #4

 

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