Emil Nolde au Grand Palais
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2008 est décidément l’année Nolde en France. Après sa très belle exposition autour des images non peintes, produites entre 1941 et 1945, au musée Sainte-Croix des Sables-d’Olonne cet été, c’est au tour du Grand Palais d’accueillir cette fois-ci une rétrospective de l’artiste. Issu du mouvement Die Brücke, il est un des moins connus des artistes expressionnistes. Et peut-être un des plus controversés. Réhabilité par les Allemands ces dernières années, qui ont travaillé sur sa période obscure, c’est au tour des français de le redécouvrir. Car sans faire l’impasse sur ses positions contestables – il adhéra au parti nazi dès 1935,  trouvant que le discours d’Hitler sur la race allemande faisaient écho à sa défense des racines d’un art allemand –  son œuvre est aussi riche et complexe que sa biographie.

Né en 1867 dans une famille de paysans, dans le village de Nolde, qu’il prendra pour patronyme, Emil Hansen étudie l’ébénisterie, la sculpture sur bois puis les arts appliqués. Il devient professeur de dessin industriel à Saint-Gall, en Suisse, avant de tout abandonner pour devenir peintre. Après un bref passage à Paris début 1900, où il prend des cours à l’Académie Julian, il part pour Copenhague, où il épousera Ada. Membre du groupe die Brücke de 1906 à 1907, il initie ses camarades à la gravure sur bois. Mais c’est véritablement dans les années 10-20, lorsqu’il prend ses distances avec la Sécession berlinoise, qu’il affirme son propre art. C’est la période des sujets religieux, empreints d’une force mélancolique, et de sa série sur le Berlin nocturne, peinte en 1911, lors d’un séjour dans la capitale allemande « palpitante et pleine de vacarmes » selon ses mots.  Il part ensuite pour les colonies allemandes du Pacifique, pour un an, à la faveur d’un voyage d’étude ethnographique. Il y peint les autochtones, qui, mis en regard des portraits de paysans de sa région natale du Schleswig-Holstein, donnent toute la dimension humaniste du peintre.

La fin de sa vie est marquée par la Seconde Guerre mondiale. Le pouvoir nazi ne rend pas à Nolde son dévouement initial et classe rapidement sa peinture parmi les œuvres « d’art dégénéré ». On lui interdit de peindre et d’acheter du matériel en 1941. Il se réfugie alors dans sa maison de Seebüll. Sur place, il ne peut s’empêcher de peindre, malgré cette interdiction. Il crée alors de petites aquarelles sur du papier de récupération, qu’il nomme les images non peintes, car elles ne peuvent exister aux yeux des autres. Ces aquarelles sont destinées à être reproduites, lorsque la guerre sera terminée. Mais il parviendra à reproduire sur toile seulement quelques-unes de ces œuvres.


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L’exposition parisienne déroule plusieurs thématiques – se voulant chronologiques – qui permettent d’appréhender l’univers de Nolde, de ses paysages de Seebüll aux représentations bibliques, en passant par son univers fantasmagorique d’êtres fantastiques et mythiques. Des prêts exceptionnels de la fondation Nolde de Neukirchen, réputée  peu encline à se séparer de certaines œuvres, viennent enrichir le propos. Le cycle de la vie du Christ a ainsi été décrochée de ses cimaises pour rejoindre le Grand Palais. En revanche, certains aspects de son travail, et notamment les fameuses images non peintes, pêche par un manque d’œuvres présentées. Peut-être aurait-il fallu consacrer un peu plus de place à ces pièces de petit format, au détriment d’autres thèmes moins représentatifs du travail de Nolde. Quant à la scénographie, un parcours clair et bien construit au rez-de-chaussée laisse la place au 1er étage de l’exposition à des cimaises criardes et des panneaux de bois rappelant un chantier en cours. Mais l’essentiel est là, devant nous : l’art de Nolde que la France redécouvre avec bonheur. (P.M.)


Emil Nolde (1867-1956), jusqu’au 19 janvier 2008, Galeries Nationales du Grand Palais.

Ouverture et horaires

Tous les jours, sauf le mardi, de 10 h 00 à 20 h 00 (Nocturne le mercredi jusqu’à 22h)
Fermeture exceptionnelle à 18 h 00 les 24 et 31 décembre. Fermeture le 25 décembre.
Dernier accès : 45 minutes avant la fermeture des Galeries, fermeture des salles à partir de 15 minutes avant la fermeture des Galeries.

Prix d’entrée
Plein tarif : 10 €
Tarif réduit : 8 € (13-25 ans, famille nombreuse, demandeur d’emploi) Gratuit pour les moins de 13 ans, les bénéficiaires du RMI et du minimum vieillesse.

 




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